Genève

A qui appartient la route?

L’arrivée des trottinettes électriques, privées ou en libre-service, apporte déjà son lot de conflits d’usage avec les autres véhicules et les piétons. Quelles sont les mesures prises par les autorités?
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A qui appartient la route?
Véhicules en vogue, les trottinettes peuvent atteindre 30 km/h. Keystone
Mobilité

Un véritable fléau pour certains, une manière écologique et pratique de se déplacer pour d’autres. C’est peu dire que les trottinettes électriques divisent. L’arrivée avortée d’une flotte de 120 de ces engins en libre-service il y a une quinzaine de jours – ils ont été interdits par le canton et la ville – et leur présence toujours plus remarquée suscite émoi et interrogations. Quelles sont les règles qui régissent l’utilisation de ces véhicules? Comment les faire cohabiter harmonieusement avec les autres usagers de la route? Le point sur la situation.

Aussitôt arrivées, aussitôt interdites. Le 23 mai, l’entreprise meyrinoise GDMC, habituel loueur de voitures, avait tenté d’implanter une flotte de 120 e-trottinettes sous licence du géant étasunien Bird. La société passait outre un premier refus d’octroi de concession de la part du canton. Elle comptait notamment sur la possibilité de laisser ses engins dans des espaces privés, mais des photos les montrant sur le domaine public ont rapidement circulé. Une situation qui n’a pas du tout plu à Rémy Pagani, conseiller administratif en Ville de Genève, qui comptait lancer une procédure judiciaire, avant que la société ne se retire d’elle-même pour calmer le jeu.

Quelles règles?

> Port de casque non obligatoire.

> Utilisation autorisée dès 16 ans sans permis (permis M+G pour les 14 – 16 ans).

> Interdiction de circuler sur les trottoirs (comme pour les vélos).

> Interdiction de circuler dans les zones piétonnes (à l’exception des zones mixtes où les vélos sont autorisés).

> Obligation d’utiliser les pistes cyclables si existantes, moteur allumé autorisé.

> Doivent avoir égard aux piétons sur les aires partagées et, lorsque la sécurité l’exige, les avertir, voire s’arrêter.

Pas de concessions

Le canton aussi s’oppose clairement à l’arrivée de ces véhicules en libre-service. Avant tout pour mener à bien un projet de longue date: «D’entente avec les communes, notre priorité consiste à mettre à disposition des Genevois des vélos en libre-service au printemps prochain. Nous n’avons pas l’intention, à ce stade, d’alimenter la confusion en octroyant une concession pour des trottinettes électriques, justifie Serge Dal Busco, conseiller d’Etat chargé des Transports. Une décision aussi motivée par les conflits d’usage que ces nouveaux véhicules peuvent occasionner, notamment au vu de ce qui se passe dans d’autres villes européennes.»

Doutes sur les règles

Des confusions et des conflits existent pourtant déjà, à en croire les associations actives dans le domaine de la mobilité. Car si les trottinettes électriques en libre-service sont bannies, ce n’est pas le cas des véhicules à usage privé, qu’on croise de plus en plus régulièrement sur les routes et les trottoirs genevois. «Nous ne sommes pas opposés à ces engins, qui restent une alternative au trafic motorisé», tempère d’emblée Caroline Marti, députée socialiste et vice-présidente de l’Association transports et environnement (ATE), qui milite pour une mobilité douce. «Mais nous demandons des clarifications quant à leur utilisation et aux règles qui les régissent.» Olivier Gürtner, conseiller municipal socialiste et vice-président de Pro Vélo, regrette lui aussi «une forme de flou juridique». «Il faut que les autorités prennent les devants et anticipent les problèmes de cohabitation, de stationnement et d’infrastructures.»

Pour Serge Dal Busco, il n’y a pas de «flou» au niveau des règles: «La législation fédérale est claire: les trottinettes électriques ne peuvent pas emprunter les trottoirs. Elles doivent circuler sur les pistes cyclables, et lorsqu’il n’y en a pas, sur la route [cf. les règles présentées ci-dessus].» «Circuler sur la route avec une trottinette pose d’évidents problèmes de sécurité», estime Caroline Marti. En filigrane, l’élue critique un manque de voies cyclables. Un écueil que reconnaît également le conseiller d’Etat: «Il est vrai qu’il y a un manque de pistes cyclables à Genève. En zone urbaine, nous nourrissons l’ambition, grâce à une task force instituée l’automne dernier avec la Ville de Genève, de créer des parcours cyclables sécurisés et continus. Nous travaillons concrètement sur 3 à 4 axes prioritaires afin d’améliorer prochainement l’offre.»

Conflits d’usage

Mais même avec plus de pistes, les cyclistes se sentent à l’étroit et craignent les collisions. «Les pistes de moins d’1,80 mètre de large ne sont pas adaptées à la cohabitation entre cyclistes et trottinettes», estime Olivier Gürtner. D’autant plus que les vélos classiques côtoient désormais aussi les vélos électriques avec leur lot de conflits d’usage, déjà constatés sur la voie verte notamment. Pas un véritable enjeu, selon Serge Dal Busco: «Les problèmes de cohabitation s’observent davantage avec les piétons lorsque ces engins empruntent les trottoirs qu’ils n’ont pas le droit de fréquenter. Il faudra que la loi soit appliquée avec une certaine fermeté si les problèmes de cohabitation devaient se multiplier.»

Les paroles du magistrat ne rassurent pourtant pas les militants de la mobilité douce. Caroline Marti regrette «la place trop importante accordée à la voiture». Et Serge Dal Busco de nuancer: «La loi pour une mobilité cohérente et équilibrée octroie la priorité à la mobilité douce dans l’hyper centre et les zones urbaines. L’exemple récent de la création d’une double voie cyclable au quai Gustave-Ador en est l’illustration. S’il faut supprimer des places de stationnement pour permettre à une piste cyclable de ne pas être interrompue, nous le ferons.»

Régions Genève Mohamed Musadak Mobilité

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