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Pour un vrai débat

Bernard Walter revient sur un article au sujet de la dénucléarisation de la péninsule coréenne.
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Le 27 février dernier, vous avez publié un article sur les relations entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, en particulier sur les négociations concernant l’armement nucléaire. Vous mettez en exergue le commentaire d’Antoine Bondaz, un expert des questions liées à la Corée, basé à Paris: «La menace nord-coréenne est plus importante qu’il y a huit mois.»

Ceci n’est pas sans rappeler ce que disait le premier ministre israélien, M. Netanyahu, il y a quelque temps lors de négociations semblables avec l’Iran: l’Iran, «le régime le plus dangereux du monde, a fait un pas important vers l’acquisition de l’arme la plus dangereuse du monde». Alors que tout le monde sait l’énorme armement nucléaire que possède l’Etat d’Israël sans que jamais celui-ci l’ait reconnu!

Votre article appuie la démarche américaine demandant à la Corée du Nord de démanteler son programme d’armement nucléaire. Pourquoi répercuter une telle propagande qui légitime la domination des «grandes puissances» sur le reste du monde?

Les puissances occidentales ou leurs amis ont écrasé ces dernières années une série de pays qui ne leur plaisent pas, ou qui leur plaisent pour leurs ressources, notamment l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, le Yémen.

Deux pays désignés comme rogue States, «Etats voyous», et figurant en première ligne dans le viseur des Etats-Unis et de leurs amis: l’Iran et la Corée du Nord. Si ceux-ci ont échappé à la brutalité insensée des Occidentaux, c’est simplement parce qu’ils possèdent un potentiel nucléaire. Minuscule en comparaison de ce qu’ont les USA et la Russie. Mais suffisant pour être dangereux. Parce qu’en matière de bombes nucléaires, le minuscule n’existe pas.

En 2005, un article intitulé «Apocalypse soon» est paru dans le magazine Foreign Policy, mais il n’a pas intéressé grand monde et très peu de gens en ont fait état. Pourtant son auteur n’était autre que le grand chef de guerre américain Robert McNamara, ancien secrétaire à la Défense, puis président de la Banque mondiale durant treize ans, et l’un des concepteurs principaux du programme d’armement nucléaire américain. La perspective que développe McNamara est bien différente de ce que vous avez reproduit dans vos colonnes. Je cite des extraits de cet article:

«La politique actuelle d’armement nucléaire des Etats-Unis est immorale, illégale, militairement inutile et épouvantablement dangereuse.
»Aujourd’hui, les Etats-Unis ont environ 4500 ogives nucléaires offensives.»Chacune des ogives américaines a une puissance destructrice égale à vingt fois la bombe d’Hiroshima.
»Que les Etats-Unis conservent un tel nombre d’armes nucléaires montre bien qu’ils n’ont pas l’intention d’éliminer leur arsenal. Ce qui pose cette question troublante: pour quelle raison n’importe quel autre Etat devrait-il restreindre ses ambitions nucléaires?
»Il est temps de passer au débat réel. Quand ce débat aura lieu, je crois que sa conclusion sera identique à celle
à laquelle je suis parvenu avec un nombre croissant de chefs militaires et civils: Nous devons aller le plus
vite possible vers l’élimination de toutes – ou quasi toutes – les armes nucléaires.»

Dans cet article, M. McNamara pose la seule vraie question de fond de toute cette problématique, et c’est ce débat là que les «grandes puissances» éludent systématiquement, continuant à alimenter des sentiments haineux ou discriminatoires contre ceux qui sont désignés comme les méchants, les bons étant naturellement nous, les civilisés occidentaux, avec toutes nos bombes, cela va sans dire.

Bernard Walter, L’Orient

 

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