Édito

Gare au blanchiment queer

Gare au blanchiment queer
Bilal Hassani. YOUTUBE/DESTINATION EUROVISION
LGBTIQ

Bilal Hassani, 19 ans, représentera la France au concours de l’Eurovision en mai prochain. Samedi soir, le public français a sacré sa chanson, «Roi». Un hymne à l’affirmation de soi et une célébration de la différence face aux haters – icône queer et youtubeur aux millions de vues, Bilal Hassani a fait l’objet d’une campagne de dénigrement d’une rare violence sur les réseaux sociaux.

Quelle que soit l’appréciation qu’on porte sur «Roi», on ne peut que se féliciter d’un tel choix. Dans un pays où l’on s’écharpait il n’y a pas si longtemps autour du mariage pour tous et où l’homophobie s’exprime à la première occasion, le symbole est fort.

Le problème, c’est que l’Eurovision 2019 aura lieu à Tel-Aviv. Une nouvelle occasion pour Israël de redorer son blason par un blanchiment culturel aux reflets arc-en-ciel. La ville n’est-elle pas la capitale queer du Moyen-Orient, avec sa vie nocturne hédoniste, sa Pride et son festival de cinéma LGBT?

Le piège est gros, mais bien réel. Le risque se profile d’opposer deux causes militantes, deux aspirations légitimes à l’émancipation. Euphorique, la communauté LGBT célèbre depuis samedi sa nouvelle icône. Le sacre de Bilal Hassani occultera-t-il l’appel au boycott de l’Eurovision lancé par BDS, relayé dans le monde entier par les militants de la cause palestinienne?1«Pas de chanson pour l’apartheid» exige le retrait de la SSR de la compétition. La perspective d’une victoire en chanson masquera-t-elle le fait que le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, tisse un lien privilégié avec le nouvel homme fort du Brésil, Jair Bolsonaro, homophobe virulent?

L’enjeu apparaît bien lourd pour les jeunes épaules de Bilal Hassani. Samedi, des militants BDS et LGBT ont tenté de perturber la finale de Destination Eurovision diffusée en direct sur France 2 (la chaîne a soigneusement occulté l’incident). Signe qu’une convergence des luttes est possible.

Notes   [ + ]

1. «Pas de chanson pour l’apartheid» exige le retrait de la SSR de la compétition.
Opinions Édito Roderic Mounir LGBTIQ Eurovision

Autour de l'article

Connexion