Édito

Face au fascisme, la solidarité

Face au fascisme, la solidarité
Des supporters du candidat Fernando Haddad, après l'annonce de la victoire de son rival Jair Bolsonaro, le 28 octobre 2018. KEYSTONE
Brésil

Pour ses premiers mots comme président du Brésil, Jair Bolsonaro a promis dimanche soir de «débarrasser le pays du communisme». Un discours – en 2018, au Brésil – aux antipodes de la réalité, comme souvent ces logorrhées fascisantes, mais une obsession significative: son élection est bel et bien l’aboutissement de la campagne d’intoxication menée depuis quatre ans contre le Parti des travailleurs (PT) par la droite traditionnelle et le patronat brésiliens, avec la collaboration des grands pôles médiatiques et d’une portion importante de l’armée et des juges.

De la destitution de l’ex-présidente Dilma Rousseff par le parlement pour une broutille comptable à la victoire nette et incontestable de l’ex-capitaine Bolsonaro, seuls deux ans se sont écoulés. Deux ans de thérapie de choc néolibérale et de délitement institutionnel. Deux ans durant lesquels les assassinats de leaders sociaux et environnementaux se sont multipliés tandis que la justice était occupée à condamner Lula pour corruption, sans preuve matérielle. Deux ans qui n’ont guère alerté les bonnes âmes de la «communauté internationale».

La plupart des médias et gouvernements occidentaux peuvent bien aujourd’hui se boucher le nez devant le rustre Bolsonaro, il est aussi leur enfant. Un produit de cette lutte des classes depuis en haut que nous favorisons chaque fois que nos gouvernements font le lobbying des multinationales. Chaque fois que nous ratiboisons notre fiscalité pour continuer d’abriter les bénéfices de sociétés impliquées dans des crimes contre l’environnement et le peuple brésiliens. Ou quand nos «penseurs» saluent sans distance, comme en 2015, ces masses blanches et bien vêtues qui défilaient à Sao Paulo ou à Rio contre la corruption et la criminalité (comprenez l’Etat et les pauvres).

Les cartes électorales le disent sans ambages: le vote Bolsonaro, guère éloigné de celui de la droite traditionnelle, exprime une claire adhésion de classe. Sur les mille villes les plus développées du Brésil, 967 ont choisi le candidat d’extrême droite. A l’autre bout de l’échelle sociale, Bolsonaro n’en remporte que vingt-cinq

Certes, la gauche brésilienne porte aussi sa part de responsabilités dans cette débâcle. En distribuant les miettes du festin capitaliste aux plus pauvres, les gouvernements du PT ont soulagé bien des souffrances mais n’ont pas touché aux structures de pouvoir. Ni extirpé les racines du racisme, de la compétition de tous contre tous et de la violence. Ni infléchi le modèle extractiviste et colonial.

Reste que le temps n’est pas aux leçons mais aux solidarités. La mondialisation libérale dévoile chaque jour davantage son visage hideux et destructeur. Loin de nous décourager, il doit nous faire redoubler d’ardeur dans la construction d’une vraie alternative. En cela, le mouvement social brésilien – inspirateur du Forum social mondial – a d’incroyables ressources. Or les menaces de Jair Bolsonaro – comme les exactions de ses partisans entre les deux tours – font craindre le pire pour les militants et les minorités, notamment les peuples indigènes qui seront aux premières loges lorsque la déforestation de l’Amazonie s’accélérera à nouveau. Cette fois, il faudra vraiment être à leur côté.

Opinions Édito Benito Perez Brésil

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