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Il y a soixante-six ans, le Costa Rica abolissait son armée

Le ministre des Affaires étrangères costaricien lance un appel à la suppression des armées.

Le Costa Rica a aboli son armée il y a soixante six ans. Aujourd’hui, les défilés patriotiques ont pour acteurs des enfants et des jeunes, vêtus de leurs uniformes scolaires et portant le drapeau national. Personne ne se souvient d’avoir assisté à une parade militaire, avec des milliers de soldats exhibant leur armement et équipements belliqueux. […]

L’abolition de l’armée a été l’une des étapes qui ont fait de ce pays une société plus juste, plus cultivée, qui a réussi à répondre aux nécessités les plus pressantes de sa population, se centrant sur le développement humain plutôt que sur le renforcement d’une capacité militaire.

Les Costariciens ont récolté les bénéfices d’une décision qui a marqué leur développement en tant que nation. […] Lors de sa récente visite au Costa Rica, à la fin du mois de juillet, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a relevé que «depuis des décennies le Costa Rica est un exemple mondial». Economisant «d’inutiles frais militaires», le pays «a investi dans le domaine de la santé et de l’éducation universelle. Le résultat a donné lieu à moins d’inégalités et à une plus grande paix sociale.»

Cette décision fondamentale, prise le 1er décembre 1948, et concrétisée dans la Constitution de 1949 actuellement en vigueur, a forgé des générations de Costariciens qui ne connaissent pas de chars ni d’avions de guerre sur notre territoire. Ils n’auront jamais comme perspective de charger un fusil et de mourir sur un champ de bataille.

En renonçant unilatéralement à l’utilisation de la force comme moyen pour résoudre les conflits, le Costa Rica a toujours privilégié le droit international pour sauvegarder ses intérêts nationaux et préserver sa souveraineté comme son Etat de droit. Ainsi l’a réaffirmé le président Luis Guillermo Solís dans son discours à la dernière Assemblée générale de l’ONU, déclarant: «Notre seule arme a été et sera toujours le droit international.»

L’abolition de l’armée au Costa Rica fait partie d’une culture profonde enracinée dans les meilleures traditions d’un pays pacifique et désarmé. Cette culture remonte à 1877, lorsque le Costa Rica avait aboli la peine de mort, et continue à promouvoir de nouvelles avancées pour la coexistence pacifique entre les nations. C’est ce que nous avons fait en proposant, avec un autre groupe de nations amies, le Traité sur le commerce des armes (TCA, ou ATT, selon le sigle anglais), instrument juridique international qui oblige les Etats à réguler strictement le commerce des armes et à s’assurer que celui-ci ne débouche pas sur des violations des droits de l’homme. Le Traité entrera en vigueur au mois de décembre, après avoir obtenu plus de cinquante ratifications, sans doute un apport fondamental pour l’humanité.

Le président José Figueres Ferrer, assenant un coup de maillet sur une partie de l’ancien quartier général, avait proclamé l’abolition de l’armée, annonçant que ce bâtiment serait transformé en un centre culturel. Il accueille actuellement le Musée national.

«Nous sommes les détenteurs de l’idéal d’un nouveau monde dans les Amériques. A la patrie de Washington, de Lincoln, Bolivar et Martí, nous voulons aujourd’hui dire: ‘Ô Amériques, d’autres peuples, tes fils eux aussi, t’offrent leurs grandeurs. Le petit Costa Rica souhaite t’offrir à jamais, avec son cœur, son amour de la civilité, de la démocratie, de la vie institutionnelle», déclara alors le président Figueres.

Aujourd’hui, le Costa Rica partage avec le monde sa détermination d’abolir les forces armées et le fait avec la conviction de contribuer à la paix et à la sécurité universelles, les principes qui régissent notre politique extérieure.

    Manuel A. González Sanz, ministre de Relations extérieures du Costa Rica

Opinions Agora Manuel A. González Sanz

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