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N’oublions pas la recherche fondamentale

Jean-David Rochaix insiste sur le maintien du financement de domaines de recherche qui n’apportent pas forcément de bénéfices immédiats mais peuvent conduire à des percées révolutionnaires.
Science

Le Prix Nobel de médecine 2026 a été attribué à Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel pour leurs travaux qui ont créé l’optogénétique. Cette nouvelle discipline est basée sur des photorécepteurs qui contrôlent l’activité des cellules par la lumière. Les photorécepteurs sont des protéines capables de percevoir la lumière et de mettre en route des chaînes de signalisation cellulaire.

L’optogénétique ouvre des possibilités très prometteuses pour la recherche médicale, par exemple dans l’étude du cerveau. Or il est intéressant de constater que les travaux à l’origine de l’optogénétique réalisés par Hegemann, l’un des lauréats, portaient sur une algue unicellulaire verte, Chlamydomonas reinhardtii. Ces recherches visaient à comprendre comment cette algue qui possède un œil primitif répond à la lumière et actionne ses flagelles pour se rapprocher ou s’éloigner d’une source lumineuse selon intensité de la lumière. C’est ainsi que Hegemann a découvert une nouvelle classe de photorécepteurs uniques aux algues qui sont des canaux ioniques dont le flux à travers les membranes cellulaires est régulé par la lumière. Ces photorécepteurs ont été appelés «channelrhodopsines» (Chrs, rhodopsines à canaux).

Même si ces recherches au départ avaient uniquement pour but de comprendre les mécanismes par lesquels la lumière régule les mouvements d’une algue, il s’est avéré par la suite que ces Chrs pouvaient être introduites dans des cellules animales dans lesquelles il devenait alors possible de réguler les flux ioniques par la lumière et de contrôler leur activité. Ainsi la découverte et l’étude de ces Chrs ont eu des répercussions énormes et inattendues pour l’étude du fonctionnement du cerveau, notamment pour mieux comprendre comment les cellules nerveuses façonnent nos émotions, souvenirs et comportements.

Il y a de nombreux autres exemples de recherches qui ont eu des impacts majeurs et inattendus en ouvrant des voies nouvelles. Citons comme exemple la découverte des enzymes de restriction, ces ciseaux moléculaires de l’ADN, qui ont été à la base de la biotechnologie moderne, ou plus récemment la technique de CRISPR-CAS qui a révolutionné l’étude du fonctionnement des gènes et protéines et qui ouvre des possibilités nouvelles dans le traitement de certaines maladies. Tous ces exemples démontrent l’importance de la recherche fondamentale car il y a souvent des retombées inattendues considérables qui ont un impact important en médecine et en agriculture. C’est pourquoi même en périodes de crise économique les subsides pour la recherche devraient être maintenus pour garantir l’innovation future.

A ce sujet il est intéressant de noter qu’en dépit de la phase difficile que traverse actuellement l’économie chinoise, le gouvernement chinois a convoqué ses meilleurs scientifiques pour examiner l’avenir de la science chinoise et qu’à la suite de ces entretiens le budget pour la recherche scientifique a été augmenté. Espérons que cela fera réfléchir les dirigeants européens et américains et qu’ils reconsidèreront les coupes massives dans plusieurs programmes de recherche actuels.

Jean-David Rochaix,
Genève