Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Une collaboration qui interroge

Jean-Bernard Billeter met en lumière un partenariat souvent méconnu du CERN
Science

La Convention internationale qui règle le fonctionnement du CERN précise dans son article 2.1 «L’Organisation s’abstient de toute activité à fins militaires».

Mais qu’en est-il des recherches et développements (R&D) de matériel à double usage, c’est-à-dire utilisé d’un côté par des civils et de l’autre par l’industrie de l’armement? Des recherches du type que poursuivent actuellement en commun le CERN et le groupe THALES, premier groupe militaro-industriel de France?

Les deux partenaires ne font pas mystère de leur collaboration dans le développement de nouveaux klystrons, c’est-à-dire d’amplificateurs haute-puissance de micro-ondes, ou «sources hyperfréquences». Le CERN en utilise par centaines pour accélérer les faisceaux de particules, THALES en utilise dans toutes sortes d’équipements militaires.

Les deux partenaires ont pour but commun de réduire le volume, le poids et la consommation de ces équipements destinés à des espaces très contraints: galeries souterraines pour le premier, missiles et avions pour le second.

Si, du point de vue purement technique, cette collaboration fait sens, qu’en est-il du respect des consignes et garde-fou donnés au CERN dès sa création? Quid des résultats obtenus au cours de ces recherches? En retrouverons-nous des applications sur les champs de bataille au nom du «transfert des technologies», l’une des missions dont le CERN se réclame? Seraient-elles alors portées au compte des retombées socio-économiques de son projet du Futur collisionneur circulaire (FCC)?

La publication des accords qui règlent cette collaboration sur du matériel à double-usage permettrait de dissiper le malaise que le CERN semble ressentir lorsqu’il écrit: «Klystrons are ubiquitous in medical, industrial and research accelerators – and not least in the next generation of Higgs factories», omettant les applications militaires dont THALES fait pourtant grand étalage sur son site web.

Jean-Bernard Billeter,
Chêne-Bougeries (GE)