Le festival genevois de cinéma queer Everybody’s Perfect vient de déprogrammer le film Tell me everything, une coproduction israélienne, française et britannique, sous la pression de collectifs militants.
Le film se déroule dans les années 1980, pendant l’épidémie de sida. Un garçon de 12 ans découvre la vie homosexuelle cachée de son père. C’est un film personnel sur l’homophobie intériorisée.Ces collectifs l’ont accusé de «propagande sioniste» et de pinkwashing, c’est-à-dire d’utiliser la cause LGBTQ+ pour embellir l’image d’Israël et faire oublier la politique de son gouvernement. Dans Le Courrier (5 octobre 2026) la directrice artistique du festival dit avoir écarté depuis 2018 plusieurs films israéliens qu’elle jugeait relever du pinkwashing. Celui-ci n’en relevait pas et les arguments des collectifs ne l’ont pas convaincue. Elle l’a néanmoins retiré pour éviter une polémique. Cela s’appelle de l’autocensure. Et si cette méthode marche une fois, d’autres festivals pourraient plier.
Reste l’accusation de propagande. Le film représente certes Israël aux Oscars, mais il le doit à l’Ophir du meilleur film, décerné par l’Académie israélienne du cinéma, une association indépendante. En 2025, elle avait primé The Sea, sur un garçon palestinien de Cisjordanie. Le ministre de la Culture a alors coupé le financement de la cérémonie et créé ses propres prix. Ce gouvernement, allié à l’extrême droite religieuse, n’a aucun intérêt à promouvoir un film queer.
Les collectifs se félicitent d’avoir fait retirer «un film d’un réalisateur sioniste». Nous partageons l’horreur suscitée par ce qui se passe à Gaza et n’oublions pas les victimes du 7 octobre. Critiquer la politique israélienne est légitime. Ici, le réalisateur est écarté pour une étiquette, sans que son film soit examiné. Pour beaucoup de Juifs de Suisse, être sioniste, c’est être attaché à l’existence d’Israël, où vivent souvent des proches. Employé comme une insulte, ce mot les vise aussi. Nous demandons aux milieux culturels d’entendre ce malaise, comme ils entendent celui d’autres minorités.
Le film doit retrouver sa place. Une médiation ou un débat valent mieux qu’une annulation. Les financeurs et les institutions doivent soutenir les lieux culturels exposés à ces pressions. Les personnes touchées par le sida ont longtemps été réduites au silence. Leur histoire mérite d’être montrée. Nous luttons contre les LGBTphobies, l’antisémitisme et tous les racismes. Aucune de ces luttes ne doit servir à exclure qui que ce soit.
Queers gegen Antisemitismus (Queers contre l’antisémitisme), Golem Suisse (association de lutte contre l’antisémitisme et tous les racismes), Fédération Suisse des Communautés israélites, Association culturelle Kulturverein Tayelet70, Beit Haverim – Groupe JuifLGBTQIA+, Association Alliance contre l’antisémitisme (Verein Allianz gegen Antisemitismus), Pandora Box (Magazine Lesbien)