Peut-être serez-vous heureux d’apprendre qu’à l’heure de désigner les plus grands dangers et risques liés au développement de l’intelligence artificielle générative, les experts du MIT n’évoquent ni bulle financière, ni concentration du pouvoir économique ou linguistique, ni impact sur l’environnement, ni mise à mal de la psyché humaine, ni dégradation des conditions de travail ou augmentation du chômage. Les experts du MIT, à l’instar des techno bros, n’ont en tête que: «développement de capacités autonomes, armes autonomes et cyberattaques, centralisation du pouvoir dans quelques mains potentiellement mal intentionnées, diffusion massive de fausses informations». Non qu’il faille minimiser ces dangers mais, à combattre les seconds plus que les premiers, on se montre bien plus accommodant envers cette technologie et ses zélateurs.
– D. Israel, Mediapart, 9 septembre 2026
Cirque médiatique
Des semaines que ça dure, des semaines qu’on nous sert à toute heure du jour un discours sur l’IApocalypse, qu’on voit en unes des robots-tueurs nous fusiller du regard, qu’on écoute quasi religieusement les oracles d’un Dario Amodei, d’un Sam Altman ou d’un Geoffrey Hinton. Oui, par pitié, «arrêtons ce cirque médiatique» et demandons-nous pourquoi ceux qui souhaitent freiner le développement de l’intelligence artificielle générative et agentique sont les mêmes qui le poussent à la roue. Demandons-nous si derrière le Terminator ne se trouve pas en vérité, comme en embuscade, la Superintelligence bonne-mère dont rêvait Hinton l’été passé. Tel est peut-être l’enjeu du narratif actuel: nous faire accroire qu’elle peut être désirable – sous sa forme bonne-mère s’entend. Mais avant cela, il convient de nous faire peur, mais alors vraiment.
– E. Viniacourt, Libération, 15 septembre 2026.
Dans une bulle
Petit florilège glané dans la presse quotidienne: «Le défi de neutraliser une IA voyou», «L’IA est un rouleau compresseur», et caetera. Trop souvent parle-t-on d’elle comme si c’était une personne ou quelqu’un. Trop souvent la compare-t-on à une machine en oubliant que c’en est une. C’est un trope bien connu, utilisé au départ par les patrons de la tech, le romancier Dave Eggers est là pour le rappeler dans un entretien fort instructif, en particulier lorsqu’il décrit par le menu une visite chez OpenAI. Visite fort instructive au demeurant, car s’y confirme tout ce qu’on dit depuis un bon moment d’un monde hors sol, déconnecté des réalités, allant «là où va l’argent», restant «bouche bée» en apprenant ce que ses machines algorithmiques font à l’école, bref, vivant dans une bulle, et surtout ne sachant pas répondre à la plus élémentaire des questions: «Quel problème essayez-vous de résoudre?»
– A. Cerf, Libération, 17 septembre 2026.
Sus aux détracteurs
Cette fois, ça y est, le sujet s’est invité de plain-pied dans la campagne des midterms. Après le temps de l’IApocalypse, celui de l’IArmée, d’une force dédiée corps et âme à l’IA. Trump ne semble pas avoir encore pris la peine de demander à son chatbot favori (ChatGPT? Claude? Grok?…) d’en dessiner les uniformes comme il l’a fait pour la dite «Space Force». Dorénavant vous saurez ce qu’il vous en coûte si vous daignez vous opposer plus ou moins frontalement au développement à tout crin de l’IA. L’administration Trump bande les muscles et, ce faisant, nous permet de mieux comprendre, comme le remarque Rainer Mülhoff dans son livre Intelligence artificielle & nouveau fascisme (Agone, 2026), que «la synergie politique entre [elle] et les élites de la tech ne relève pas d’un simple opportunisme».
– Dépêche AFP, 19 septembre 2026.