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Parlementaires sous influence: le cas UBS

Suisse

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Parlementaires sous influence: le cas UBS

Suisse X Alors que le Palais fédéral s’écharpe sur la réglementation bancaire, des conseillers aux Etats ont ouvertement trahi en séance leurs conflits d’intérêts vis-à-vis d’UBS, faisant au passage déraper les débats dans le sexisme, analyse Guillaume Durin.

Guillaume Durin*

Un affrontement au sein du camp bourgeois agite depuis plusieurs mois le Palais fédéral. Le 23 septembre, malgré une intense campagne de lobbying et de pression, des conseillers d’état centristes, PLR, vert-libéraux, socialistes et écologistes ont voté par 29 voix contre 16 l’augmentation des fonds propres durs (CET1) d’UBS en vue de couvrir 90% de ses filiales étrangères – un taux proche des 100% portés par Karin Keller-Sutter au sein du Conseil fédéral, contre environ 45% actuellement.

Avant et même après le vote, le binôme à la tête de l’UBS, Sergio Ermotti et Colm Kelleher, ont multiplié les sorties menaçantes, installant ce que ce que Beatrice Bösiger dépeint dans le NZZ comme une «atmosphère d’intimidation» 1> [NZZ, 09/26 / Semafor, 09/26 / F&W, 09/26 / UBS, 04/26] . En plenum, un petit groupe de frondeurs PLR et du Centre – dont Thierry Burkart, Andrea Caroni, Hans Wicki, Martin Schmid, Fabio Regazzi, Erich Ettlin – et l’ensemble des élu·es UDC ont poussé l’option votée par la majorité des membres de la Commission de l’économie et des redevances (CER-E) visant à réduire de 13 milliards la facture pour UBS, augmentant de fait celle pour le pays en cas de nouvelle crise bancaire.

Pour qui s’intéresse à l’état des rapports de force et des conflits d’intérêt parmi les élites politiques suisses, le contenu des débats des 17 et 23 septembre derniers est édifiant. Plusieurs élus y sont allés de leurs menaces voilées, de leurs écrans de fumée et d’un assaut sexiste.

Le conseiller PLR/NW Hans Wicki a lancé à la ministre Keller Sutter qu’elle pouvait se «détendre maintenant» car «avec [la] variante» votée par dix hommes de la CER-E dont lui, elle «[obtiendra] non seulement le beurre et l’argent du beurre, mais aussi la fille du boulanger» 2> [Parl. 09/26] . Wicki, ancien président de la CER-E, a été salarié d’UBS et est aujourd’hui président du comité directeur de la faitière Constructionsuisse. La banque est le leader du financement des infrastructures lourdes en Suisse. Le conseiller aux Etats siège de surcroit au CA du groupe lucernois Schurter. UBS a joué un rôle de financeur clé lors de la reprise de Schurter par le fonds Capvis, en structurant et garantissant la dette d’acquisition conjointement avec Credit Suisse, juste avant leur fusion 3> [BF, 09/26 & LC CH, 07/23] .

Fabio Regazzi (Centre/TI) a appelé ses collègues à faire preuve d’«un minimum […] pas de gratitude, mais au moins de respect» pour la banque 4> [Parl. 09/26] . Ciblant Keller-Sutter sans la citer, il a dit regretter que «ce [soient] les divergences, parfois même au niveau personnel, qui ont marqué la discussion» et «la très faible disposition du Conseil fédéral à examiner sérieusement des solutions alternatives». Arborant son statut de «président de l’USAM», il a également prétendu qu’«une augmentation du coût du capital se répercutera en fin de compte sur les entreprises et les ménages». De nombreux expert·es en contestent l’automaticité, dont ceux de la BNS, de la FINMA et de l’Ocde, ou l’économiste et ancien régulateur britannique Adair Turner 5> [BNS, 2026 / OCDE, 09/26 / Le Temps, 08/26] . Il se trouve que le conseiller aux Etats tessinois est le vice-président du CA du Hockey Club Lugano, dont la section jeunesse est soutenue par UBS. Luca Pedrotti, directeur d’UBS Tessin, réputé proche confident d’Ermotti, est même co-président de l’académie du club 6> [BF, 10/26] .

Autre conseiller monté au créneau, Martin Schmid (PLR/GR) a loué le «sauvetage» de Credit Suisse par UBS, «peut-être à la demande» du Conseil fédéral, en proposant à «la conseillère fédérale [de l’]expliquer». Poussant celle-ci a lui répliquer que «UBS l’a fait aussi parce que c’était dans son intérêt» 7>  [Parl, 09/26 & BF, 10/26] . Le Grison est président rémunéré d’un institut de recherche de l’université de Saint-Gall fortement financé par UBS 8> [HSG, 2026] . Parmi plusieurs autres liens d’intérêts, il siège au comité d’Economiesuisse, dont la banque est un membre et financeur déterminant 9>  [Finews, 01/24] .

La séquence est une nouvelle preuve des conséquences démocratiques ravageuses de l’extrême faiblesse des garde-fous institutionnels contre les conflits d’intérêt 10> [LW, 2026] . L’absence de rappel à l’ordre de Hans Wicki témoigne de l’intolérable ’impunité du sexisme au sein des chambres. La suite du débat se fera au Conseil national en décembre. Elle peut et doit être l’occasion du rejet collectif du sexisme et de l’affairisme politique au Palais fédéral.

* breakfreesuisse.org