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Le Courrier L'essentiel, autrement

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Partiellement responsables…

Pierre Aguet mène une réflexion sur les diverses initiatives fiscales qu’a connues le canton de Vaud.
Impôts

Ce 27 septembre, les socialistes vaudois sont à nouveau dans le camp des perdants et je prétends qu’ils en sont partiellement responsables. Depuis que le PS existe, dès la fin du XIXe siècle, il a régulièrement et souvent proposé que les plus riches payent un peu plus d’impôts. C’est normal. Avec l’économie libérale à laquelle nous sommes tous attachés, les inégalités ne font que croître. Il faut y apporter un correctif et l’impôt le permet. Donc, au niveau fédéral, comme au niveau des cantons, le PS a lancé de nombreuses initiatives populaires. La dernière ne visait que le 51e million et les suivants que pouvaient hériter des citoyens sans autre mérite que d’être nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Le peuple a dit non, comme toujours.

Ce dernier week-end, ce sont les riches qui ont proposé de payer moins d’impôts. L’initiative était à l’envers. Les socialistes ont mené une campagne remarquable d’intelligence, de densité, avec des arguments solides. Leurs leaders ont été brillants dans la presse, dans le tout-ménage, dans les réseaux sociaux et à la télévision. Comme à leur habitude, ils ont fait un très bon journal adressé à ceux qui sont déjà convaincus et cotisants. Les syndicats et la gauche de la gauche ont fait de même. Et comme presque toujours, ils ont perdu.

Pourquoi en sont-ils un peu responsables? Ils s’activent dans un jeu dont les règles et les moyens dits démocratiques appartiennent aux citoyens les plus riches. Les leaders du PS se contentent de jouer ce jeu. Comme il leur est arrivé de gagner, rarement, ils n’en veulent pas changer. C’est un peu quitte ou double. Leur responsabilité dans cet échec supplémentaire vient du fait qu’ils refusent d’admettre que l’opinion publique est contrôlée par les milliardaires qui détiennent presque tous les journaux, lesquels répètent tous les jours que les impôts sont bien plus lourds ici qu’ailleurs. Ces leaders PS refusent d’établir un rapport de confiance avec le peuple qu’ils prétendent défendre. Trop cher, trop délicat, trop difficile. Ils se contentent de s’adresser à lui que pour lui dire «votez comme nous» ou, tous les cinq ans «votez pour nous».

Non, les socialistes doivent établir un rapport de confiance avec ce peuple qu’ils prétendent défendre. Une fois ce rapport établi, leurs arguments seront entendus.

Il fut une décennie où les Vaudois et Vaudoises votaient (pas élisaient) à gauche. Celle des années 70. Quand le PSS a proposé un impôt sur la richesse, les Suisses ont dit non mais les Vaudois et les Vaudoises ont dit oui. Quand le PSV a fait modifier la loi d’impôts des communes pour que les riches passent à la caisse, les Vaudois et les Vaudoises ont encore dit oui. C’est la seule victoire connue, en cent ans, sur ce thème. Lors de cette même décennie, sur 17 votations, le PSV n’en a perdu que deux… Le secrétaire général de l’époque était un camarade de la base, il n’était même pas universitaire. On ne va pas perdre du temps avec un tel vieux crocodile. Mieux vaut perdre.

Pierre Aguet, ancien conseiller national.
Vevey (VD)