Le 29 novembre, nous serons appelé·es à nous prononcer sur la hausse de la TVA. L’Union syndicale suisse (USS) et le Parti socialiste suisse (PSS) font campagne en faveur du «oui». Leurs arguments sont connus. D’abord, il s’agirait de «garantir sans délai le financement d’une rente essentielle à la solidarité envers nos aîné·es [la 13e rente AVS], plutôt que de retarder cette avancée sociale» (Socialistes, septembre 2026). Ensuite, «la 13e rente AVS nécessite un financement additionnel à court terme» (USS, assemblée des délégué·es du 20 août 2026). Quant à la TVA, elle ne serait pas tellement antisociale, d’autant que l’augmentation envisagée ne coûterait qu’«entre 5 et 10 francs par mois selon les ménages» (USS, communiqué du 20 août 2026). Enfin, «un ‘non’ donnerait un élan en faveur du relèvement de l’âge de la retraite» (PSS, Direct, 1er septembre 2026).
Signalons d’emblée qu’établir un lien entre le versement de la 13e rente AVS et la votation du 29 novembre ne tient pas debout. Pour être plus clair: c’est de la mauvaise foi. Une imposture. Que le «oui» ou le «non» l’emporte, les retraité·es toucheront leur 13e rente en décembre. Et il en ira de même les années suivantes. C’est un fait. Point.
«Un financement additionnel à court terme» serait nécessaire? C’est à l’opposé de ce qu’affirmaient encore hier l’USS/PSS: «L’argent est là pour cette amélioration de rente urgente» (USS, «Fact-checking AVS», 8 février 2024). Depuis, en deux ans à peine, l’AVS a fait plus de 10 milliards de bénéfices. Et ses réserves correspondent à plus d’une année de dépenses. Les déclarations alarmistes de l’USS/PSS ne font qu’alimenter les craintes quant à la situation de l’AVS: un autogoal pour nos batailles à venir en faveur de meilleures rentes; une publicité gratuite pour les banques et les assurances qui vendent du 3e pilier.
Quant à la TVA, son caractère antisocial devrait relever de l’évidence. A l’époque, l’USS l’écrivait d’ailleurs elle-même: «Malgré un taux réduit pour les biens de première nécessité, la TVA a un effet régressif. (…) Proportionnellement, la charge fiscale des ménages dont le revenu mensuel est inférieur à 3000 francs est ainsi presque deux fois plus élevée que celle des ménages dont le revenu est supérieur à 10’000 francs.» (Daniel Oesch, service de presse USS, 28 octobre 2003) D’où la conclusion de l’ancien conseiller fédéral Otto Stich (PSS): «Il ne faut pas recourir à la TVA, car la mesure, dans ses effets, ressemble à des réductions de rente. Elle réduit le pouvoir d’achat. Elle frappe davantage les petits revenus.» (24 heures, 20 novembre 2003)
Prenons la chose également par un autre bout. Ces dernières décennies, tous les impôts touchant les possédants ont été massivement abaissés. Un exemple suffira: «Le taux moyen d’imposition des bénéfices dans les cantons a diminué d’environ un tiers au cours des vingt dernières années.» (NZZ am Sonntag, 31 mai 2026). En revanche, le taux de la TVA, si la hausse de 0,4 point devait passer la rampe, aurait augmenté de près d’un tiers par rapport à l’année de son introduction (1995). Cherchez l’erreur!
Et que dire des effets de cette nouvelle hausse de la TVA? D’après l’Administration fédérale des contributions, la charge supplémentaire par ménage serait de 180 francs par an en moyenne (Blick, 22 août 2026). Elle alimenterait l’inflation, alors que l’Indice des prix à la consommation – qui sous-estime pourtant largement l’évolution du coût de la vie – a déjà progressé de 1,5% (août 2026) par rapport à la fin de l’année dernière. La nouvelle envolée des primes maladie complétera le tableau. L’adaptation des salaires, au 1er janvier, sera loin de compenser toutes ces hausses. Résultat des courses: la baisse du pouvoir d’achat. Refuser l’augmentation de la TVA, c’est au moins en limiter les effets.
Venons-en, enfin, au dernier «argument» de l’USS/PSS: «Un ‘non’ donnerait un élan en faveur du relèvement de l’âge de la retraite.» Passons sur le fait qu’une telle menace, c’est du réchauffé. Lors du débat sur Prévoyance vieillesse 2020 (hausse à 65 ans de l’âge de la retraite des femmes), ses défenseurs, Alain Berset en tête, prétendaient déjà qu’en cas de rejet, nous aurions eu la retraite à 67 ans. Or, c’est l’inverse qui s’est produit. Le «non» à PV 2020, loin d’ouvrir la voie à un tel recul, a débouché sur le lancement de l’initiative pour une 13e rente AVS. Il est donc à l’origine de cette avancée sociale. Cette fois-ci, la menace s’est déjà dégonflée comme une baudruche: ni l’Union patronale ni Economiesuisse ne s’opposent à la hausse de la TVA, laissant la liberté de vote. Manifestement, elles n’ont pas besoin d’«un élan»… Quelle que soit l’issue de la votation du 29 novembre, elles reviendront à la charge sur l’âge de la retraite. La question à se poser est dès lors la suivante: est-ce vraiment le meilleur moyen de défendre notre but que de marquer un autogoal (augmenter une taxe antisociale) sous prétexte que nos adversaires tenteront, à terme, de faire trembler nos filets (relever l’âge de la retraite)?