Tous les moyens, même les plus indignes, semblent bons pour faire disparaître les personnes sans abri ou mendiantes des rues de Genève. Mi-septembre, l’UDC a déposé un projet de loi visant à frapper d’une amende «quiconque aura remis de l’argent à une personne exerçant la mendicité» et/ou ayant «favorisé une occupation illégale du domaine public par la mise à disposition de matériel de campement». En clair, il s’agit de couper tout moyen de subsistance et d’abri aux personnes les plus vulnérables du canton.
Pourtant, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a infligé plusieurs revers à Genève quant à sa volonté de punir la mendicité. En 2021, elle cassait l’interdiction générale de mendier, reconnaissant qu’il s’agissait pour les personnes les plus vulnérables de subvenir à leurs besoins. Il y a un an et demi, le Tribunal fédéral a estimé que la nouvelle mouture de la loi était trop floue.
Qu’à cela ne tienne, l’UDC compte bien contourner la jurisprudence, défendant ce qu’elle appelle «des mesures atypiques». Qui constituent une première, aucun canton suisse ne criminalisant le don. Tout au plus, certaines collectivités «conseillent» de ne pas donner et de privilégier des associations à des personnes. C’est dire si la proposition de l’UDC va loin. D’autant qu’elle vise autant les gens qui pourraient donner de l’argent que les associations venant en aide aux personnes dans la rue.
Le projet de loi, dans l’exposé des motifs, use d’une rhétorique devenue habituelle. Les signataires estiment que mendiant·es et campements «exaspèrent nos citoyens», que «les habitants et commerçants n’en peuvent plus» de ce qu’ils nomment «une activité qui importune les honnêtes gens». Mais derrière ces qualificatifs, ce sont de personnes et de la misère dont il s’agit. L’UDC, et généralement la droite avec elle, se soucient davantage de cacher la pauvreté que de l’éradiquer.
Enfin, cerise sur le gâteau, le parti affirme que l’existence de l’Hospice général suffit à lui seul à justifier l’interdiction de la mendicité. Car, poursuit l’UDC, sa mission est «d’assurer le gîte et le couvert à toute personne dans le besoin». Ce que le parti omet volontairement de rappeler, c’est qu’il dénonce les budgets de l’institution et que cette aide n’est pas inconditionnelle, mais liée à un statut d’établissement. Ou comment dire, implicitement, qu’on ne vise que les mendiant·es étranger·ères.