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Macron fut-il le pire?

Alors qu’Emmanuel Macron s’apprête à quitter l’Elysée sous le feu des critiques, Grégory Rzepski dresse le bilan d’une décennie de pouvoir économique libéral, d’alignement diplomatique et de fractures sociales.
France

Dans huit mois, M. Emmanuel Macron quittera l’Elysée. Et, suivant la tradition du journalisme politique, comme si une heure de dissidence rachetait une décennie de révérences, les critiques fusent. L’hebdomadaire The Economist moque un «canard boiteux» après avoir cru au «sauveur de l’Europe». Deux courtisans parisiens racontent dans un livre «l’histoire d’un homme exceptionnel… qui s’est exceptionnellement planté». Porte-voix des élites libérales, M. Alain Minc voit en lui le «pire président de la Ve République»1>The Economist, Londres, 8 janvier 2026; Nicolas Domenach et Maurice Szafran, Néron à l’Elysée. Comment il a tout gâché, Albin Michel, Paris, 2026; Alain Minc dans L’Express, Paris, 7 octobre 2025..

Ingratis servire nefas – «on ne gagne rien à servir les ingrats». Car, depuis 2017, M. Macron a, largement, suivi les orientations du rapport Minc (1994) ou de la commission dirigée par M. Jacques Attali (2008), dont il était alors l’adjoint. De même celles de l’Union européenne ou de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) sur les dépenses de défense. Davantage qu’aucun de ses prédécesseurs, ce président a débarrassé la diplomatie du Quai d’Orsay des traces d’indépendance qui la distinguait encore. Paris a désormais la politique russe de Kiev, la politique vénézuélienne de Washington, la politique iranienne d’Abou Dhabi, la politique commerciale de Berlin, et plus de politique africaine du tout depuis que les Etats du Sahel ont congédié son armée.

M. Macron a aussi achevé de transformer l’Etat en Comité de salut privé, assurant des dividendes record aux actionnaires2>Lire Pierre Rimbert et Grégory Rzepski, «Le Comité de salut privé», Le Monde diplomatique, septembre 2022.. La France est devenue un paradis pour les fonds spéculatifs, qui ont désormais la main sur des milliers d’entreprises, dont plusieurs fleurons. La Sécurité sociale, elle, n’a plus vocation à allouer à chacun selon ses besoins, tandis que le service public, asphyxié, vire au cauchemar pour les agents et les usagers.

Le président a joué la partition de l’extrême centre libéral atlantiste en virtuose. Mais à contretemps. Héros de la mondialisation et du dépassement de la politique, il n’a vu venir ni l’éclipse de l’une ni le retour de l’autre. Démonétisée par la résurgence internationale de la souveraineté ou de la planification, sa stratégie de l’offre a échoué. Le chômage repart à la hausse, la croissance stagne. Le déficit commercial reste élevé, au point que la moitié de l’empreinte carbone nationale tient aux émissions importées; celui des finances publiques justifierait le manque de pompiers comme de Canadair.

C’est donc un pays livré aux flammes que M. Macron nargue sur son jet-ski en trombe. L’allégorie d’un mandat qui s’achève dans une double fuite en avant. La cause ukrainienne doit, d’une part, ressouder son camp après la dissolution ratée de l’Assemblée nationale et relancer l’industrie de défense européenne. Au nom de l’autonomie stratégique. Au risque, surtout, d’un grand réarmement allemand3>Lire le dossier «Une Allemagne ‘prête à la guerre’?», Le Monde diplomatique, septembre 2026., voire d’une confrontation avec la Russie. D’autre part, le choix récent d’un défenseur des droits réactionnaire ou le soutien du gouvernement à une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre confirment le verrouillage opéré depuis quelques années.

«Voilà un homme qui a réprimé les libertés (…) avec une violence sans précédent (…). Et qui vient dire ensuite que Marine Le Pen est un danger pour les libertés individuelles et la démocratie, constatait déjà la favorite de la prochaine présidentielle dans Le Figaro il y a cinq ans. C’est une plaisanterie.» Au soir du 7 mai 2017, M. Macron avait, lui, eu ce mot à propos des électeurs de Mme Le Pen: «Je ferai tout pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes.» Deux quinquennats plus tard, on mesure le résultat.

Notes[+]

Article paru dans Le Monde diplomatique de septembre 2026, www.monde-diplomatique.fr