Le 7 août dernier, Albert Rösti a simulé publiquement une ignorance crasse de ce que la science clame depuis des décennies: «Je ne m’attendais pas à des épisodes de chaleur d’une telle intensité», feint-il de s’étonner dans deux quotidiens romands. Les canicules sont annoncées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) comme un des quatre risques majeurs pour l’Europe. Notre conseiller fédéral est payé pour le savoir et pour y préparer le pays. Dix-neuf jours plus tard sur Forum, quand on lui demande: «Comment est-ce encore possible que vous soyez étonné?», il ne répond pas et botte en touche: «C’est surtout la durée, pas la chaleur, qui m’a impressionné.»
La question demeure: «Comment est-ce encore possible que vous soyez étonné, Albert Rösti?»
En tant qu’ancien président de Swissoil (faîtière des négociants en combustibles) et d’Auto Suisse (organisation des importateurs de voitures), son doigté politique lui a permis d’accéder à la tête du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC). Le lieu idéal pour neutraliser toute politique de transition. Le Graal pour un lobbyiste des énergies fossiles. Dans cet esprit, Albert Rösti ne commet pas l’erreur politique dénoncée ça et là; il nous donne une leçon de communication.
Après un été de canicules indéniables, la rentrée s’annonce chaude: débat parlementaire sur le climat, manifestations «50 °C» le 19 septembre, offensive des Vert·es. L’urgence climatique revient sur le devant de la scène, légitimée par les faits. Face à l’incendie, Albert Rösti allume un contre-feu, rassure ses troupes et donne des gages au lobby du pétrole.
Si le responsable du climat en Suisse peut se permettre de tels propos, c’est qu’il n’y a aucun risque à le faire. Il tient ainsi un discours rigoureusement climato-négationniste. Tout haut. Tout fort. Il le fait en Suisse romande, là où la défense du climat est la plus radicale. Face à cette provocation, on note quelques réactions attendues d’acteurs minoritaires, des chroniques isolées, des appels à la démission épars, des lettres de lecteurs clairsemées et… rien. Rien qui ne vienne troubler l’équilibre des forces.
Quel éditorialiste s’est indigné? Quel téléjournal a dénoncé ces propos scandaleux? Quelle politicienne de la majorité au parlement a condamné ce désaveu inadmissible de la réalité? Quels conseillers fédéraux se sont élevés face à ce déni? Personne. Rien.
C’est la démonstration que M. Rösti voulait inculquer à ses troupes. Si le responsable de la politique du climat en Suisse peut se permettre de tels propos climato-négationnistes, c’est que, politiquement, il n’y a aucun risque à le faire.
Lors des prochains débats, les relais des intérêts pétroliers savent désormais qu’ils n’auront pas d’inquiétudes à se faire. Rien n’a changé. Dans notre pays, on peut continuer à prôner éhontément les énergies fossiles: Albert Rösti a publiquement démontré l’impunité de ce discours mortifère.
C’est donc à nous de créer le rapport de force qui empêchera la tenue de tels propos dans l’espace public. A nous de nous organiser le 19 septembre pour créer le front climatique et social nécessaire. A chacun·e de nous de s’engager dans la résistance. Ensemble.
Car visiblement, ce n’est pas de nos autorités que viendront les avancées en la matière.