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«Switzerland first»?

Loin du déficit de 700 millions annoncé l'été dernier par Karin Keller-Sutter (PLR), la Suisse encaisse de larges recettes grâce à son impôt sur le bénéfice favorable aux grandes entreprises. KEYSTONE PHOTO PRÉTEXTE
Finances fédérales

Près de 10 milliards de dollars. C’est le montant des bénéfices enregistrés par la multinationale Shell dans le canton de Zoug, entre 2013 et 2018, selon une enquête de l’institut de recherche néerlandais Somo1> https://www.somo.nl/the-shell-files/. Ce transfert massif de bénéfices vers le paradis fiscal de Suisse centrale a permis au géant pétrolier d’économiser des millions d’impôts, au détriment de pays comme les Philippines.

Cette pratique est loin d’être isolée. Selon l’Observatoire européen de la fiscalité, les multinationales rapatrient chaque année 35% de leurs profits, soit près de 1000 milliards de dollars, vers des paradis fiscaux. Avec sa taxation extrêmement favorable aux grandes entreprises, la Suisse tire largement parti du phénomène. De 1990 à 2025, le montant de l’impôt sur les bénéfices encaissé par la Confédération a ainsi explosé, passant de 2 à 17,4 milliards de francs2> NZZ, 18 août 2026.. Ces recettes contribuent largement à la santé des finances helvétiques. En 2026, les comptes publics enregistreront ainsi un excédent supérieur à 800 millions de francs. On est loin du déficit de 700 millions annoncé l’été dernier par la conseillère fédérale (PLR) Karin Keller-Sutter, dans l’objectif de justifier un plan d’économies drastiques entre 2027 et 2029. Une nouvelle cure d’austérité qui confirme, au passage, que les baisses fiscales successives imposées par la droite profitent à une minorité d’actionnaires et de hauts revenus. Et pas à une majorité de la population, qui subit au contraire une dégradation des services publics et de ses conditions de travail.

Comme l’a rappelé Alliance Sud cette semaine, l’évasion fiscale favorisée par la Suisse fait d’énormes dégâts dans le reste du monde. En particulier dans les pays du Sud, où elle prive les Etats de rentrées précieuses, qui leur permettraient de répondre aux besoins de leurs populations – santé, éducation, lutte contre la faim ou la pauvreté. Une taxation globale des bénéfices de ces groupes permettrait de résoudre le problème. Pourtant, les autorités helvétiques s’y opposent becs et ongles.

Pire encore. Alors qu’elle nage dans les millions, la Confédération continue à tailler dans les fonds – déjà maigres – destinés à la coopération au développement. Les populations du Sud, déjà appauvries par le dumping fiscal favorisé par Berne, sont pénalisées une deuxième fois par la suppression d’aides décisives sur le terrain. Le Conseil fédéral embrasse ainsi le modèle promu par Donald Trump: celui d’un capitalisme toujours plus prédateur, pillant sans vergogne la planète pour engraisser une infime couche d’ultrariches.

Notes[+]