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La liberté d’informer est un combat

L’homme d’affaires Jean Claude Gandur avait porté plainte contre le Courrier au civil et au pénal pour un portrait paru le 16 mai 2015 dans le contexte du débat sur la rénovation et l’extension du Musée d’art et d’histoire de Genève. JPDS
Justice 

C’est une décision historique qu’a prise la Cour européenne des droits de l’homme jeudi. Elle concerne Le Courrier au premier chef – qui remporte définitivement la bataille que le milliardaire Jean Claude Gandur lui a livrée mais aura des répercussions importantes sur la liberté d’expression dans toute la Suisse. Cet arrêt montre que la justice helvétique a une interprétation très restrictive de ce droit quand les intérêts des puissances de l’argent sont concernés. En Suisse, la réputation, l’honneur et la personnalité des détenteurs de capitaux ont souvent plus de valeur que le droit d’informer, surtout si des turpitudes financières leurs sont reprochées.

Secret des affaires, paradis fiscaux, multiplication des techniques de camouflage des flux financiers et des intermédiaires, on sait à quel point il est difficile d’obtenir une condamnation pénale dans les cas de corruption. Le faisceau d’indices évoqué par la presse, les ONG ou les citoyen·nes qui font un travail consciencieux ne devraient pas être systématiquement disqualifiés par la justice. Ils font partie intégrante de la liberté d’expression. La pesée des intérêts doit être équilibrée, a rappelé Strasbourg jeudi, en nous donnant raison.

Le sérieux de notre travail journalistique a été reconnu par la haute instance européenne, au contraire de certains (rares) confrères, qui n’avaient pas hésité, en 2019, à critiquer nos écrits de façon superficielle. «La Cour relève que l’article reposait sur une base factuelle établie, sans recours à des assertions dénuées de fondement.»

Strasbourg observe que les tribunaux suisses n’ont pas examiné sérieusement la violation à notre liberté d’expression que pouvaient entraîner leurs décisions, «se limitant à apprécier l’illicéité de l’atteinte à la personnalité des plaignants». La haute cour a souligné que ce genre de condamnations était de nature à dissuader les journalistes, à l’avenir, de s’acquitter de leur rôle dans le débat public, «afin d’éviter de longues et coûteuses procédures susceptibles de mettre en péril leur journal». Le holà mis jeudi par l’instance européenne devrait contribuer à limiter cette autocensure.

Mais cette décision s’insère dans le contexte d’une multiplication des entraves au travail des médias depuis une quinzaine d’années dans le pays: procédures-bâillons avant même la publication d’un article, refus de réponse des responsables qui se cachent derrière une armée de communicants, renforcement de la loi sur les banques limitant les révélations possibles, etc. Si on y ajoute la diminution de la publicité dans les médias, la concentration des titres et la réduction drastique des moyens, c’est l’ensemble d’un secteur démocratique crucial pour notre société qui est en grave danger. Le combat pour la liberté est de tous les jours, et Le Courrier le mène avec acharnement.

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