Les comptes de l’année 2025 du Courrier présentent un déficit s’élevant à 66 313 francs. Ce résultat, meilleur que nos projections budgétaires, reflète néanmoins la fragilité de notre situation financière, à situer dans un contexte politique et économique difficile pour la presse écrite.
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Recettes d’abonnements en baisse
Quelque 70% du financement du Courrier repose sur les recettes issues de ses abonnements. La courbe des abonné·es (ci-dessous) constitue dès lors un indicateur de la santé financière du journal.
Les produits de la vente des abonnements continuent de progresser, d’une part en raison d’un effet dit de «coulissement»: nous bénéficions de l’augmentation des prix de certains abonnements appliquée au printemps 2025.
D’autre part la stabilisation du nombre total des abonnements qui se maintient autour de 7400 depuis plus de deux années. Ce résultat est encourageant après la baisse exceptionnelle et préoccupante des recettes des abonnements en 2023. Cette progression reste modeste et doit être mise en perspective.
Les abonnements «numériques» – les formules qui privilégient la lecture sur les écrans (Web et Combi) – compensent en termes de nombre la baisse des abonnements «papier», dont le support de lecture principal est l’édition imprimée (Intégral et Week-end). Reste que ces abonnements sont bien entendu meilleurs marché. D’un point de vue comptable, ce ripage de la lecture «papier» vers le «web» implique malheureusement un manque à gagner.
Au regard des difficultés que traverse la presse écrite romande ces dernières années, il est néanmoins encourageant d’observer que depuis plus de deux ans, la qualité du travail fourni par l’équipe du Courrier continue de convaincre de nouveaux et de nouvelles lectrices de s’y abonner.

Revenus publicitaire en net recul
Contrairement à la plupart des quotidiens d’information détenus par des actionnaires, la part dans le budget du Courrier des recettes publicitaires est faible (11%). Elle représente cependant un apport essentiel à l’équilibre financier du journal.
Cette faible dépendance à la publicité a permis au Courrier d’être épargné par le désengagement massif des annonceurs de la presse écrite comme support de communication vers le web. Un phénomène constaté depuis de nombreuses années. Cette tendance semble s’accentuer et elle touche désormais aussi notre titre qui était jusqu’à présent peu touché par cette évolution.
Nous accusons une importante baisse en 2025 – plus de 40 000 francs – de commandes publicitaires, notamment en provenance d’institutions et de collectivités publiques. Dans le sillage de notre campagne d’appel à soutenir la presse écrite régional en 2024, nous avons entrepris une tournée de sensibilisation des autorités politiques genevoises et vaudoises pour pointer l’importance de maintenir un journalisme local vivant, qui se traduit par la commande publicitaire. A de rares exceptions en Suisse romande, nous devons malheureusement constater un manque d’intérêt, voire un renoncement politique, sur la question de ce soutien à la presse au niveau local.
Une levée de fonds exceptionnelle
Ce n’est heureusement pas le cas de donateurs et donatrices. Une part importante de notre modèle économique repose sur la levée de fonds auprès de nombreuses personnes qui soutiennent la mission d’intérêt général du journal.
Notre appel à dons annuel, la «souscription», a été exceptionnel en 2025 et s’élève à plus de 370 000 francs grâce à la contribution de près de 1500 personnes. Ce résultat, le meilleur enregistré à ce jour, est très encourageant et démontre un soutien sans précédent de notre communauté.
Cette confiance se reflète également auprès de nos partenaires institutionnels qui contribuent au financement de nombreux projets éditoriaux, par exemple la fondation Aventinus. Le soutien constant qu’ils apportent au Courrier contribue de façon décisive à sa stabilisation financière et au maintien de son offre rédactionnelle singulière et de qualité.
Charges maîtrisées au prix d’un nouveau renoncement salarial
Les frais de distribution et d’impression sont maîtrisés, en partie grâce aux économies réalisées par la réduction de notre parution durant l’été 2025. Le choix de passer à un rythme hebdomadaire durant deux semaines a été difficile à prendre car il impliquait une diminution temporaire de notre offre rédactionnelle à nos abonné·es.
Cette décision s’est accompagnée d’un autre sacrifice, salarial celui-ci, par les travailleurs et travailleuses du journal. Pour la troisième année consécutives, au regard du déficit cumulé qui était annoncé, l’assemblée des employé·es du journal a proposé au comité éditeur de renoncer à une partie de son salaire.
L’organe employeur du journal a accepté cette proposition, ce qui aura permis de limiter la hausse des charges liées aux salaires de plus de 140 000 francs ces trois dernières années. Cette mesure provoque néanmoins une nouvelle précarisation des salarié·es du média indépendant.
Procédure bâillons: menace sur le droit de savoir
Une autre charge pèse de plus en plus lourdement sur les finances du journal depuis quelques années, conséquence directe de l’essence de notre activité, soit produire une information d’intérêt public.
La judiciarisation de notre travail par des individus très fortunés s’accentue au travers de la multiplication de procédures-bâillons. L’année dernière Le Courrier a dû débourser 20 000 francs et nous devons provisionner d’avantage pour les risques futurs afin de ne pas mettre plus en péril le journal, ce qui creuse encore notre déficit annuel.

Journalisme d’engagement plus que jamais nécessaire
Le contexte socio-politique ne nous est malheureusement pas favorable. Le désintérêt et l’abandon par une partie de la classe politique d’un soutien à la diversité de la presse au niveau local érodent déjà notre droit de savoir.
Nous comptons avant tout sur nos abonné·es ainsi que sur les centaines de personnes qui versent chaque année des dons. Sans le soutien de notre communauté, le journalisme que nous défendons, honnête et engagé, n’existerait pas.
Pour que nous puissions poursuivre notre mission plus sereinement et renforcer nos forces journalistiques, nous avons besoin d’une plus grande mobilisation. La fascisation de nos sociétés exige une réponse urgente, collective et déterminée. Il en va de la défense de nos espaces démocratiques.