Partout, en Occident, on observe une émergence des partis d’extrême droite sur le devant de la scène politique. Les ingrédients qui constituent le ressort de ce phénomène sont bien connus: le chômage et la précarité qui s’installent, et la désignation d’un bouc émissaire à l’origine de tous les maux, représenté par l’étranger qui constituerait un danger pour l’identité nationale du pays, surtout s’il véhicule les valeurs de l’islam.
Toute la rhétorique répétitive dont usent les tenants de cette doctrine tourne autour de la prise en compte d’une menace imminente, notamment par la mise en perspective du «grand remplacement». Et qu’on le veuille ou non, cette posture s’inscrit en réalité dans la droite ligne de l’idéologie qui au siècle dernier prétendait défendre une nation contre un corps étranger: les Juifs. Le national-socialisme (ou nazisme) est défini ainsi comme la «doctrine exacerbant les tendances nationalistes et racistes, et qui a été l’idéologie politique de l’Allemagne hitlérienne (1933-1945)». Or, on retrouve exactement les mêmes ingrédients de la xénophobie dans les partis d’extrême droite, mais la cible, toute trouvée dans la communauté musulmane, permet d’échapper aux accusations d’antisémitisme qui rendraient inacceptable cette posture. L’exemple du Front national, devenu le Rassemblement national (RN), pour se débarrasser de l’image négative que comprenaient ces premiers élans ponctués par les propos antisémites de Jean-Marie Le Pen, est éloquent à ce propos.
Si la démocratie comprend des éléments positifs, en respectant l’opinion populaire, on observe qu’elle ne dispose pas actuellement de garde-fous pour empêcher des dérives inquiétantes. Il est plus que jamais possible de manipuler médiatiquement les peuples, qui, dominés par un instinct de survie bien réel, peuvent en venir à prendre des mesures discriminatoires à l’encontre de minorités.
Une question se pose dès lors à nous, qui observons jour après jour dans les médias des propos sans nuance qui distillent une islamophobie diffuse: peut-on faire confiance à l’Europe dite des Lumières, qui appelait l’humanité à venir communier sur l’autel de la raison contre les superstitions barbares, et qui cependant ne s’est pas privée de coloniser des peuples, de les massacrer, de les piller; et qui dans un passé relativement récent, s’est laissé fasciner par le nazisme?
La réponse est à l’évidence non. Oui cependant, si la conscience occidentale, se souvenant des leçons du passé, refuse le saut vers la barbarie. Est-ce encore possible face aux mouvements populaires agités à l’ombre des drapeaux comme autant de bannières? Quand le nationalisme exacerbé place l’identité régionale au-delà de l’humanisme universel?
Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève