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Fragilité des travailleurs suisses

Pierre Aguet commente l’état de précarité d’une partie des familles de la classe moyenne.
Politique

24 Heures a consacré le 9 mai une page à la fragilité économique d’une famille dont les deux parents universitaires travaillent et gagnent 12 600 francs par mois. Que dire de tous les très nombreux autres travailleurs qui gagnent infiniment moins? Et notre gouvernement vaudois propose ce qu’il appelle un contre-projet à l’initiative visant l’introduction d’un salaire minimum. Habituellement, les contre-projets visent à aller dans la même direction que l’initiative. Ici il vise expressément à aller contre en faisant primer les conventions collectives de travail. C’est presque du cynisme, même si Madame Moret prétend viser le même but.

Pourquoi nos Etats modernes ne peuvent-ils plus assumer leurs tâches indispensables? Pourquoi tant de familles sont-elles à ce point tombées dans la pauvreté ou pour le moins dans l’impossibilité de faire face à la moindre facture extraordinaire, incapables de constituer le moindre patrimoine? Au bouclage de leurs comptes annuels, les entreprises distribuent d’énormes dividendes. Peu de personnes en sont conscientes. Un devoir est prioritaire: veiller à rétablir un peu de justice dans la répartition de la richesse créée par l’effort de tous.

Ce ripage viré depuis les salaires vers les dividendes étaient appelés par Le Monde diplomatique, il y a déjà trente ans, de «point aveugle». Ces dividendes? Ceux versés en Suisse ont augmenté de 541% en trente ans, soit 49 milliards en 2024. En Allemagne ils sont de 51,7 miliards, en France de 68,8, au Royaume-Uni de 90,6, et aux Etats-Unis de 651. Donc, il ne reste plus grand-chose pour financer les services publics ou pour payer des salaires décents. Il va enfin falloir y réfléchir.

Pierre Aguet,
Vevey (VD)