Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Répression dangereuse et punitive

JPDS
No G7

Bien des images de ce dimanche de protestation resteront gravées dans les mémoires. A commencer par celle d’une marée humaine, joyeuse et déterminée, qui, sous un soleil de plomb, a serpenté sur le tracé arraché de haute lutte par NoG7. La cohésion affichée par la coalition face à un Conseil d’Etat figé dans sa posture sécuritaire aura sans doute contribué à convaincre certaines personnes hésitantes à braver l’appréhension pour venir manifester.

-> Retrouvez notre article sur le sujet.

Autre image, celle d’une team d’autoprotection exemplaire de bout en bout avec ses gilets jaunes fluo, rassurant la foule lors des tirs de gaz lacrymogènes, faisant bloc entre la police et la manif pour permettre à celle-ci d’aller à son terme.

Cela n’aura pas été une mince affaire. Outre un déploiement policier complètement disproportionné et la fermeture des rues adjacentes par des grillages ou des cordons de police, le message de la dissolution du cortège vers 18h, rue Giuseppe-Motta, alors que celui-ci était encore loin du but, n’est visiblement pas arrivé jusqu’aux oreilles des manifestant·es. A qui la faute?

L’usage répété de lacrymogènes sur une foule pacifique et familiale, dans le but de répondre à quelques vitrines brisées et aux tirs de projectiles par une minorité de «black blocs», n’a pas respecté le principe de proportionnalité. La gestion erratique des forces de l’ordre a mis en danger à plusieurs reprises les manifestant·es, contraint·es de passer au milieu des tirs de projectiles entre «black blocs» et policiers pour arriver à la Perle du Lac.

Et il y a cette nasse, encore moins compréhensible – y compris de certains policiers avec qui nous avons pu échanger durant cette interminable garde à vue à ciel ouvert. Déployer de tels moyens une nuit entière pour espérer attraper quelques «casseurs», quitte à entraver la liberté de dizaines de jeunes, de personnes âgées, de membres bien identifiables de la coalition NoG7, d’élu·es du peuple, de journalistes et de simples badauds, en les plaçant dans des postures humiliantes, est-ce digne d’un Etat de droit? La judiciarisation pour «émeute» par le procureur général Olivier Jornot s’est transformée en punition collective. Gageons qu’elle ne restera pas sans suites.

Parler d’un dispositif de maintien de l’ordre «proche de la perfection», comme l’a fait la conseillère d’Etat Carole-Anne Kast, est lunaire. Quand la magistrate affirme que l’heure n’est pas au bilan, on peut craindre que cette heure n’arrive jamais, alors que les conclusions sur la gestion calamiteuse de la manifestation propalestinienne du 2 octobre dernier se font toujours attendre.

Dans un climat toujours plus autoritaire, exercer ses droits démocratiques devient de plus en plus difficile. Blocage des frontières, restriction des transports publics, surveillance et contrôles accrus, usage extensif de l’échange transnational d’informations… Quand nos libertés sont rognées dans le cadre d’une gestion de l’ordre qui a pris des airs de laboratoire sécuritaire, les citoyen·nes ont du souci à se faire.