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Le Courrier L'essentiel, autrement

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Les sept casseurs d’Evian (saison 2)

KEYSTONE
No G7

Le face-à-face aura lieu à nouveau. Dimanche à Genève, ce sera la rue contre le Sommet du G7 d’Evian. Plusieurs dizaines de milliers de personnes devraient défiler au bout du lac pour dénoncer l’ordre inique du monde et les guerres favorisées ou menées par les grandes puissances occidentales. Une mobilisation 100% légitime et nécessaire, dont la plupart des médias et nos autorités, ridiculement obnubilés par le risque de voir quelques vitrines voler en éclats, taisent les nobles motifs.

Depuis le sommet du G8 à Evian de 2003, de l’eau a coulé sous les ponts. Le club des pays riches a perdu un membre éminent – la Russie, contre laquelle il est en conflit semi-ouvert –, convertissant cette enceinte en cercle des puissants Etats occidentaux (avec le Japon). Le néolibéralisme imposé par les mêmes – et conspué à juste titre par les manifestant·es au début des années 2000 – s’est renforcé sous certains aspects et délité sous d’autres.

D’un côté, la marchandisation de toutes les sphères de la vie a progressé, la concentration des richesses a atteint des sommets, la pauvreté et la précarité ont explosé et l’ordre patriarcal a continué à prospérer. De l’autre, ses politiques ont entraîné de nouvelles crises et accéléré une catastrophe écologique et climatique qui menace aujourd’hui les conditions mêmes de la vie sur Terre (notre édition du 5 juin). Le capitalisme néolibéral a exacerbé la compétition entre puissances impérialistes et favorisé l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, dont une incarnation caricaturale, Donald Trump, dirige désormais les Etats-Unis, à nouveau champions du protectionnisme.

Finis les indigents discours sur «la fin de l’histoire», la pacification des relations internationales grâce à la «mondialisation heureuse». Place à l’affirmation ostentatoire de la puissance et au recours assumé à la guerre, sans s’encombrer de justifications sur la promotion de la démocratie et des droits humains, comme ce fut le cas lors de l’agression de l’Irak par les Etats-Unis en 2003.

Car oui, l’Occident, personnifié par le G7, a de plus en plus de sang sur les mains. Depuis 2023, la plupart de ses membres se sont rendus complices du génocide commis par Israël à Gaza. Les Etats-Unis et l’Etat hébreu ont ensuite attaqué l’Iran sans entraîner d’opposition, tandis que Tel-Aviv a envahi le Liban, où il détruit le sud du pays et une partie de sa capitale en toute impunité.

Face à de telles menaces contre notre humanité, la mission des autorités locales devrait être de garantir la libre expression de la colère et des revendications populaires. Le Conseil d’Etat genevois – avec des magistrat·es socialistes et vert·es aux commandes! – a fait tout le contraire, en réduisant drastiquement les libertés publiques. Signe que le retour de bâton autoritaire atteint nos contrées. La mobilisation exemplaire et pacifique du collectif No G7 montre que les mouvements sociaux savent garder la tête froide. Son association avec la Grève féministe ce 14 juin marque le renforcement d’un front féministe, décolonialiste, anticapitaliste et antiraciste indispensable pour faire face aux logiques de domination croisées. Répondons-y en manifestant massivement à Genève dimanche.