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Le keffieh et les bourgeois·es

La visite de Rima Hassan a déchaîné un torrent d’attaques, des élus UDC déposant même une dénonciation pénale à l’encontre de la députée européenne. Le keffieh fait frémir les milieux bourgeois helvétiques, car Israël et son projet colonial servent leurs intérêts.
Une partie de l'élite politique et médiatique en Suisse a tendance à reprendre sans nuances les arguments de la propagande israélienne. KEYSTONE
Exergue

L’annonce de la visite de Rima Hassan en Suisse, finalement reportée d’une semaine, a déchaîné un torrent d’attaques. Dans ce débat, les valeurs sont inversées. Celles et ceux qui invoquent le droit international pour condamner les crimes contre l’humanité commis par Israël et ses alliés sont accusé·es de répandre la haine.

Des élus UDC ont déposé une dénonciation pénale et un signalement urgent auprès du Ministère public. Le conseiller national UDC Manfred Bühler, reprenant une méthode usée en France, l’accuse d’«apologie du terrorisme». Heureusement, le Conseil fédéral a balayé ces allégations, répondant «qu’il n’existe aucun indice concret laissant supposer que Rima Hassan puisse représenter une menace pour la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse.»

Le parlementaire UDC reprochait à Rima Hassan d’avoir affirmé que «le Hamas a une action légitime du point de vue du droit international». La juriste fait référence à la résolution 37/42 des Nations unies, qui «réaffirme la légitimité de la lutte des peuples pour la libération de la domination coloniale par tous les moyens disponibles, y compris la lutte armée». Elle mentionne explicitement qu’elle condamne «le mode opératoire terroriste» et qualifie les exactions du 7 octobre 2023 de «crimes de guerre». Manfred Bühler omet sciemment le contexte dans lequel cette phrase a été prononcée tout comme le fait que la plainte déposée en France à ce sujet a été classée, comme treize autres. Rima Hassan n’a jamais été condamnée pour antisémitisme, alors que plusieurs UDC se sont rendus coupables de discrimination raciale.

C’est une manipulation délibérée. Une partie de notre élite politique et médiatique copie-colle les arguments de la propagande israélienne. Elle qualifie l’Etat hébreu de victime, alors qu’il occupe des territoires palestiniens et syriens illégalement depuis 1967 et possède une des armées parmi les plus puissantes au monde. Elle colle l’étiquette de «terroriste» à toute personne qui s’oppose à cette fiction. Rappelons que Nelson Mandela figurait sur la liste des terroristes des Etats-Unis jusqu’en 2008.

L’appareil politico-judiciaire et sécuritaire helvétique est mobilisé pour faire taire la solidarité envers la Palestine: Rima Hassan, mais aussi Francesca Albanese, Ali Abunimah, Joseph Daher, ou les milliers de personnes qui descendent dans la rue. Le keffieh fait frémir les milieux bourgeois, car Israël et son projet colonial servent leurs intérêts. Ils sont ravis d’y exporter leurs biens à double usage et d’importer son matériel high-tech, comme son idéologie raciste de déshumanisation du peuple palestinien.

Ne nous laissons pas berner. Les discours haineux des dirigeants israéliens se matérialisent chaque jour par des massacres de civil·es. Le ministre Itamar Ben-Gvir porte un pin’s en forme de nœud coulant, symbolisant le recours à la peine de mort pour les Palestinien·nes. Un bébé de sept mois a été tué par un soldat en Cisjordanie vendredi dernier. Et pourtant, ce sont celles et ceux qui dénoncent ces exactions et la complicité occidentale que l’on accuse de propos haineux, ici même en Suisse.

Malgré la machine de propagande, le mensonge se craquèle. Les rapports documentant les crimes contre l’humanité de l’ONU, d’Amnesty, de Human Right Watch ou de MSF s’accumulent. Ils ne seront pas passés sous silence. Nous serons de plus en plus nombreuses et nombreux à demander la fin du génocide. Ils ne pourront pas nous faire taire.