Je ne partage pas du tout le point de vue de Maude Jaquet dans son éditorial du 26 mai concernant le voile islamique. Il me paraît nécessaire d’aborder cette question avec davantage de recul car le voile n’est pas un simple bout de tissu: c’est un symbole, le symbole de l’apartheid de genre. Voyez l’Iran, l’Afghanistan et d’autres pays où la ségrégation est flagrante. Ce sont ceux qui incarnent cette idéologie qui se réjouissent de voir le voile se répandre dans les pays démocratiques. Pourquoi ce besoin d’afficher sa religion? Une universitaire à qui je demandais pourquoi elle cache ses cheveux m’a répondu: «C’est une injonction divine.» Argument plutôt maigre. Qui d’ailleurs ne figure pas dans le Coran.
Le voile sous toutes ses formes m’agresse, moi qui suis de gauche et féministe depuis toujours. Inévitablement quand j’en vois un, je pense à toutes les femmes qui se sont battues et se battent encore pour s’en débarrasser. Et combien en sont mortes?!
La religion, quelle qu’elle soit, relève de l’intime. Si ses signes se répandent dans l’espace public, on ne peut rien y faire car les interdire ne génèrerait que frustration et victimisation. En revanche, il est des lieux où les signes religieux doivent rester au vestiaire: le service public et la représentation politique. La laïcité, c’est un terrain areligieux dont la démocratie a fondamentalement besoin pour vivre, voire survivre par les temps qui courent. Et qui n’empêche nullement la diversité des opinions dans les parlements et ailleurs.
Aux femmes qui portent un foulard, notamment à celles que je côtoie, je demande de réfléchir à la pertinence de ce tissu au regard des valeurs de leur pays d’accueil. Qu’elles prennent conscience qu’il a un impact sur celles et ceux qui défendent les droits des femmes, une longue lutte qui n’est de loin pas terminée. Et que ce voile a aussi un impact sur la xénophobie ambiante qui fait exploser le succès d’un certain parti populiste.
A un moment donné, on ne peut pas se limiter à dire «c’est mon choix». Le foulard est là, bien visible, chargé de symboles qui ne cadrent pas avec l’égalité démocratique. Et si arborer un signe religieux prime sur le reste, alors permettez que je m’interroge sur le libre arbitre de celle ou celui qui le défend.
Germaine Müller,
Bussigny (VD)