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NON à l’initiative de l’UDC

Le logement en question

L’UDC veut briser les solidarités pour approfondir ses attaques contre les libertés et les droits sociaux. L’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» est l’instrument de cette politique réactionnaire.

L’UDC propose de supprimer les accords et les lois instituant un droit au permis de séjour, en premier lieu le regroupement familial et la libre-circulation des personnes pour les ressortissants de l’Union européenne (UE). Ces mesures s’imposeraient passé un seuil démographique.

La libre-circulation des personnes doit être appréhendée de manière dialectique. Pour les travailleur·euses, elle est un droit fondamental. Elle garantit l’autonomie face aux patrons et assure un minimum de dignité pour les salarié·es venant de l’étranger et leurs familles. Elle accroît cependant le bassin de main-d’œuvre à disposition des employeurs et sert d’instrument de pression sur les ­salarié·es.

L’UDC est le principal soutien des actionnaires et des patrons. Son initiative n’a pas pour but de saper l’avantage que représente pour les employeurs la mise en concurrence des salarié·es et le maintien d’un taux de chômage pour contenir les revendications syndicales et péjorer les conditions de travail. De même, avec un marché du logement en mains des banques, des assurances et des sociétés immobilières, l’UDC ne cherche évidemment pas à restreindre l’accaparement privé de la rente foncière et son ampleur.

L’initiative veut lier contrat de travail et permis de séjour pour renforcer le pouvoir des patrons. Les salarié·es jugé·es insuffisamment dociles («flexibles») ou qui font valoir leurs droits ne s’exposeraient plus comme aujourd’hui au seul risque d’un licenciement sans réintégration. La perte du contrat de travail pourrait entraîner celle du droit de rester en Suisse.

L’UDC et les patrons veulent ainsi augmenter le taux d’exploitation tout d’abord sur plus du tiers des salarié·es que représente la main-d’œuvre étrangère, ensuite et par le jeu de la concurrence sur le reste des travailleur·euses.

L’UDC cherche, avec autant de conviction qu’elle le fait contre la protection des travailleur·euses et les assurances sociales, à démanteler les droits des locataires. Elle a initié ou soutenu toutes les contre-réformes dans ce domaine.

A Genève, l’UDC est le principal allié des milieux immobiliers dans toutes les attaques contre la protection du parc immobilier locatif. La dernière en date: la loi 13025 votée en décembre 2025 pour supprimer la protection contre les congés-ventes qui viendra cette année en votation populaire à la suite du référendum de l’ASLOCA.

A Berne, c’est Guy Parmelin qui depuis 2018 est chargé du logement. En huit ans, ce magistrat UDC est parvenu à ne proposer ni prendre aucune mesure contre l’explosion des loyers. De tables rondes en task force, il a en revanche donné une large audience et une légitimité institutionnelle aux propositions de dérégulation faites par les milieux immobilier. M. Parmelin propose même de pérenniser sur le moyen terme la décision du Tribunal fédéral concernant les rendements admissibles au détriment des locataires.

Sans surprise, l’UDC s’oppose à l’initiative de l’ASLOCA sur les loyers. Lors de la session parlementaire de printemps, elle a déjà refusé de soutenir une proposition qui en reprenait les éléments essentiels.

Imposer de tels changements dans les conditions de vie de la majorité de la population ne peut pas se faire sans violer l’opinion des masses, avec des campagnes mensongères financées à coups de dizaines de millions de francs dans toute la Suisse. L’initiative pousse à l’extrême la logique du «bouc émissaire». Elle voit des liens de causalité idéologique entre l’immigration et les difficultés rencontrées par les salarié·es et les locataires.

Or, ce ne sont pas les migrant·es qui font augmenter les loyers et démantèlent les droits des locataires, des assuré·es et des travailleur·euses. Les loyers ont explosé entre 2015 et 2020 au moment où le taux de logements vacants a crû. La responsabilité de la crise est à chercher du côté d’UBS, de Zurich Assurance et consorts ainsi que de leurs actionnaires qui généralisent des pratiques spéculatives.

Combattre l’initiative de l’UDC et la xénophobie passe par le développement au sein des salarié·es suisses comme étranger·ères de la conscience d’appartenir à une même classe sociale et, s’agissant des locataires, la conscience d’un intérêt commun à lutter contre la spéculation.

Christian Dandrès est conseiller national et juriste à l’ASLOCA. Il s’exprime à titre personnel dans cette chronique.

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