At last! enfin! un atlas des confins et des bouts du monde – voire, qui sait, des bouts de monde. Je l’attendais depuis un bail, n’osant trop y croire, craignant que le temps des atlas soit bel et bien révolu. Eh bien non, avec son Atlas touristique des Pyramides de la Pampa1>Jérémie Gindre, Atlas touristique des Pyramides de la Pampa, Editions Art&Fiction, 2026., Jérémie Gindre me fait mentir et c’est heureux, car les atlas sont fort utiles pour deviser et rêver le monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain; bref, pour nous servir de pivot et autoriser tous les retours imaginables sur le formidable monde alentour, le monde de toujours.
Chaque atlas porte signature et titre, mais au fond qu’importe de savoir à quoi rime tel ou tel intitulé, qu’importe de connaître le nom de son auteur. Seules comptent ses planches, ses tableaux, ses dessins et surtout, surtout, ses cartes. Et puis peut-être aussi son index, où du doigt j’aime pointer, pardon, penser qu’on puisse faire mentir le hasard et trouver mieux que lui le point d’entrée idoine.
Un atlas, on peut bien sûr décider d’y entrer via la page de titre, comme accompagné d’un guide au pied sûr. On peut également y entrer comme on entre dans une grotte, en se faufilant à travers une chatière, se faisant aussi mince que possible tout en prenant garde de laisser trace de ce passage – sur soi-même s’entend.
C’est ainsi que je suis entré dans cet atlas bleu-toilé, en me faisant aussi mince que possible, m’inspirant de la description faite de la «Grotte d’En-Haut-la-Vie», ne sachant d’ailleurs comment j’allais faire pour rebrousser chemin.
Ne pouvant le faire sur-le-champ, j’ai initié un périple, à rebours de la pagination, pour d’abord tomber sur le «Massif côtier de Vemaraca & Iles Plates», dont les cartes à la tonalité pastel me poussèrent à faire jouer entre eux sols, températures et terminaisons de noms de lieux: du déterminisme géographique de bon aloi à l’heure où les pensées hors-sol prolifèrent.
Quelques pages plus loin, je découvrais une petite chaîne de montagnes dessinée à l’encre de Chine, ornée de la légende suivante: «Il règne parmi les montagnards une étrange confusion quant aux noms qu’ils donnent à diverses cimes.» Souvent l’étrange n’est pas là où on le croit. Doit-on alors vraiment s’étonner de voir des confins, surtout lorsqu’ils prennent la forme de montagnes, s’animer à travers des noms mal ajustés?
Je m’égare. Tenez, comme ce voyageur qui, après quelques pages, après avoir passé «le sommet du Bonhomme», est convaincu d’avoir traversé des montagnes de montagnes, alors qu’il en a à peine effleuré les premiers contreforts.
Merveilleux atlas que voici, qui rappelle quelques dizaines de pages plus loin, quelques dizaines de coups d’œil émerveillés plus tard, la leçon que recèle le premier voyage venu en terres inconnues ou dans des ailleurs de papier: «Si cela paraît merveilleux, je ne saurais répondre autrement à ceux qui trouvent de la difficulté à croire une chose qu’ils ne comprennent pas, que: c’est ainsi que nous l’avons trouvée, moi et d’autres.»
Les autres sont partout dans cet atlas. A guigner par-dessus notre épaule. A s’impatienter lorsque nous prenons trop de temps à tourner telle ou telle autre page. Tiens, comme cette page 195 que je ne pus longtemps, je l’avoue, quitter des yeux.
Parce que s’y lovaient les «Méandres du Wabouchagamou», parce que sa légende listait ingénument des réalités si diverses, si étonnantes, presque étonnées d’elles-mêmes: étiage moyen, crue record, mousson record, sécheresse record, déluge record, débâcle record, cours actuel.
Un atlas c’est peut-être cela, des légendes surprenantes, des toponymes attachants, des azimuts en vois-tu en voilà; toutes choses prises tête-bêche et sans lesquelles il serait bien difficile de se perdre, donc de se retrouver.
Il peut être utile ici de rappeler que le géant Atlas a également donné son nom à la première vertèbre cervicale, celle sur laquelle le crâne repose et sans laquelle certains mouvements nous seraient interdits. En effet, sa «conception permet un mouvement d’avant en arrière de la tête, comme pour faire le mouvement du ‘oui’»2>www.hug.ch/atlas-sante/anatomie/anatomie-de-la-colonne-vertebrale-cervicale (mai 2026).
Au sortir de cette lecture, mon atlas personnel souhaite répondre à celui de Jérémie Gindre par un «oui!» sonore. Façon de le remercier de nous avoir rappelé de si belle manière que le temps des atlas n’est pas clos.
Notes