17 mai 1990, dépathologisation de l’homosexualité. 1er juillet 2020, interdiction pénale de la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. 26 septembre 2021, mariage pour tous. 1er janvier 2022, dépathologisation de la transidentité. On pourrait presque remiser arcs-en-ciel, drapeaux et paillettes au placard. Vraiment? A l’heure où ces acquis sont régulièrement présentés en controverse, comment se sentir légitime à exercer ses propres droits? Et surtout, quid de se laisser le droit d’aimer et d’être?
Quand bien même une loi peut dépénaliser une identité, et une autre en condamner la haine, rien ne garantit l’évolution des représentations sociales. Le plus dur reste à faire: quitter l’euphémisme de la dépathologisation pour traduire aimer et s’identifier en besoins vitaux, inscrits dans nos corps.
Lorsque la violence sociale se terre, il reste la violence intériorisée. Et quand la violence intériorisée se dissipe, il reste la violence des normes. Et ce n’est que lorsque les normes se déconstruisent que fleurissent soin et amour pour soi, et pour l’autre.
Aux attaques contre les droits se joignent celles contre l’information, dernière porteuse d’un maigre espoir émancipateur. Ici, réaction contre les cours d’éducation à la vie affective. Ailleurs, vindicte contre les bibliothèques. Dans ces conditions, pourquoi équiper l’humain de compétences sociales, émotionnelles et affectives envers sa personne, son corps et l’autre?
Car finalement, l’amour en tant que soin porté à l’autre et à soi, ancré dans nos corporalités, est-ce si «woke» que ça? Est-ce si repoussant que ça? Faudrait-il y préférer un amour qui réponde aux normes sociales, qu’elles soient traditionnelles ou militantes?
Rappelons enfin que nous vivons une parenthèse géographique, historique et culturelle. Puisque queer est ailleurs, puisque queer a été avant et puisque queer est là quand on y prête attention, on affirmera sans risque que queer sera le futur.
Pierre Guillod,
Genève