A Gaza, les rats sont partout, décrit l’Office des Nations unies pour les affaires humanitaires (Ocha) dans son rapport du 8 mai. Par leurs morsures, les rongeurs transmettent infections et maladies graves, dont la peste, à la population. Or, précise l’Ocha, Israël interdit l’entrée des machines nécessaires au ramassage des millions de tonnes de détritus.
Cette catastrophe sanitaire est donc une conséquence du blocus imposé par l’Etat hébreu à l’enclave, dont il occupe désormais plus de 60% de la superficie. Tout comme la malnutrition et la pénurie d’eau infligées à Gaza, dénoncées par de récents rapports de Médecins sans frontières.
Etranglée par la crise humanitaire, la population palestinienne continue à être la cible des tirs israéliens: depuis l’entrée en vigueur du prétendu «cessez-le-feu», le 10 octobre dernier, l’armée d’occupation a tué plus de 850 Gazaoui·es. Au total, le bilan officiel, largement sous-estimé selon plusieurs observateurs crédibles, fait état de plus de 72’700 mort·es depuis le 7 octobre 2023.
A Gaza, le génocide est donc loin d’être terminé. En Cisjordanie, les colons israéliens continuent à se déchaîner – ils y ont effectué plus de 4500 raids violents durant la même période. Tandis qu’à Jérusalem-Est, Israël s’apprête à expulser 1500 Palestinien·nes du quartier historique de Silwan.
Comme le souligne l’historien israélien Ilan Pappé, cette orgie de violences s’inscrit dans le prolongement de la «Nakba» de 1948, dont ce 15 mai marque le 78e anniversaire. Lors de ce crime historique, l’Etat d’Israël a expulsé 750’000 Palestinien·nes de leurs terres – avant de poursuivre son nettoyage ethnique sous d’autres formes. Jusqu’à l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023, qui lui a servi de prétexte pour accélérer sa colonisation.
L’épisode de la Nakba a été «profondément oublié, effacé des esprits», regrette Ilan Pappé. Près de quatre-vingts années plus tard, on assiste à une nouvelle tentative visant à effacer la population palestinienne de la mémoire collective. Elle se traduit par l’indifférence croissante manifestée par une large part des politiques et des médias, y compris en Suisse, face au génocide en cours. Un silence complice qui tend à normaliser le projet colonial sioniste, pourtant illégal au regard du droit international.
Heureusement, de larges secteurs de la société civile refusent de baisser les bras. A l’image des milliers de manifestant·es qui ont dénoncé cette semaine la participation d’Israël à la Biennale de Venise. Ou des Etats, artistes et citoyen·nes appelant aujourd’hui au boycott de l’Eurovision – qui accueille à bras ouverts le candidat d’un Etat génocidaire. Sans oublier la flottille Global Sumud, qui poursuit sa navigation vers la côte gazaouie malgré les attaques préventives, illégales, censées l’en dissuader.
Dans ces heures sombres, continuons, comme elles et eux, à lutter contre l’oubli.