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Berne enterre Gaza

Mardi, une majorité de sénateur·ices a refusé une initiative du Grand Conseil genevois demandant que la Suisse reconnaisse l’Etat de Palestine. KEYSTONE
Palestine

«Où sont les mesures décisives pour prévenir un génocide?» interpellait lundi à Genève le haut-commissaire Volker Türk, en ouverture de la 60e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

«Pas en Suisse», lui a répondu en substance le Conseil des Etats. Mardi, une majorité (de droite) de sénateur·ices a refusé une initiative du Grand Conseil genevois demandant que la Suisse reconnaisse l’Etat de Palestine. Le texte ne revendiquait pourtant pas un geste héroïque: la France, la Belgique, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie, entre autres, s’apprêtent à rejoindre les 148 Etats qui reconnaissent déjà la Palestine. Bien que tardive et totalement insuffisante face au massacre en cours, cette décision politique aurait représenté un premier signe de soutien helvétique au peuple palestinien. Le Conseil des Etats l’a écartée.

Le jour précédent, la chambre des cantons avait pris une autre décision lourde de sens, en refusant de prendre une série de mesures concrètes, telles que la fin du commerce militaire et la suspension de l’accord de libre-échange avec Israël. Proposées par une motion du socialiste Carlo Sommaruga, elles avaient pour objectif de forcer l’Etat hébreu à cesser ses violations du droit international à Gaza.

Le double verdict du Conseil des Etats est tombé à un moment charnière. «L’opération menée actuellement par Israël dans la ville de Gaza semble encore plus violente et destructrice que toutes celles qui l’ont précédée. Il ne s’agit plus de bombarder des zones spécifiques, mais de tout raser», écrivait mardi un journaliste gazaoui1>+ 972, 9 septembre 2025.. Tandis qu’en Cisjordanie, l’emballement de la colonisation et des violences visent à «enterrer l’idée d’un Etat palestinien», comme le proclame le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich.

Face à l’hubris du gouvernement Netanyahou, qui est allé jusqu’à bombarder Doha mardi, quelques – petites – fissures commencent à apparaître dans le soutien occidental à Israël. La chambre des cantons aurait pu choisir de les agrandir, en se rappelant que la Confédération est dépositaire des Conventions de Genève. Elle a préféré suivre les injonctions de deux membres du groupe interparlementaire d’amitié Suisse-Israël: l’UDC Mauro Chiesa et le socialiste Daniel Jositsch, qui ont mené la fronde contre les textes refusés – confirmant ainsi la ligne tracée par l’ancien vice-président de ce même groupe, le conseiller fédéral PLR Ignazio Cassis.

Berne a réaffirmé cette semaine son soutien inconditionnel à un Etat génocidaire sous la coupe de colons extrémistes, de suprémacistes et de fanatiques religieux. Face à ce funeste signal, la résistance et la désobéissance civiles sont plus justifiées que jamais.

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