Tous derrière et lui devant. L’annonce dimanche par Jean-Luc Mélenchon de sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 n’a surpris personne. Mais le coup d’accélérateur du leader de La France insoumise (LFI) met le reste de la gauche et les Ecologistes dans le pétrin. Enlisés dans un débat sans fin sur la tenue d’une primaire «unitaire», à laquelle ne semble croire que la verte Marine Tondelier, les ancien·nes allié·es de LFI au sein du Nouveau Front populaire (NFP) ont gaspillé un temps précieux et le peu de crédit dont elles et ils disposaient.
Mélenchon, lui, avait d’emblée décliné sa participation, et pour cause: depuis la mise sur la touche par Emmanuel Macron de la coalition des gauches, pourtant sortie en tête des législatives de 2024, l’unité de façade n’a cessé de se lézarder. Les composantes les plus sociales-démocrates du NFP ont refusé de censurer le gouvernement Lecornu, trahissant leurs engagements. Le PS, divisé sur les personnes et la ligne politique, a tergiversé sur les alliances aux municipales et ses caciques ont participé à la diabolisation de LFI. La boussole idéologique de François Ruffin s’est déréglée et le Parti communiste n’est pas en reste.
Face à cette pétaudière, La France insoumise apparaît comme le rempart le plus solide contre l’extrême droite. Avec un programme clair, une équipe talentueuse et diverse, et un candidat aguerri, dont ce sera la quatrième participation à une présidentielle. La cohérence programmatique est incontestable, tant sur la Palestine que sur l’antifascisme, le refus de la guerre ou les mesures concrètes et crédibles – retraite à 60 ans, salaire minimum à 1600 euros net, blocage des prix des biens de première nécessité, de l’énergie et des carburants, taxation des plus riches, planification écologique, VIe République…
Porter un tel programme de rupture implique un large front. Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) a d’ores et déjà proposé une alliance sur la base du programme du NFP. D’autres pourraient suivre.
Personnalité ombrageuse et clivante, Jean-Luc Mélenchon saura-t-il corriger ses travers – ses excès de langage, sa manière somme toute très patriarcale et autoritaire de concevoir le pouvoir – pour convaincre au-delà de son socle électoral? Le concept de «nouvelle France», qui acte la réalité sociale actuelle, nécessitera beaucoup de pédagogie pour être admis dans un pays gangrené par les idées de Bolloré, Stérin, Zemmour, Le Pen – et Bardella, potentiel adversaire de Mélenchon au deuxième tour. L’enjeu est majeur et dépasse de loin les frontières de l’Hexagone.