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Boucs émissaires

Danièle Bianchi rappelle les persécutions dont fait l’objet la communauté Baha’is en Iran.
Droits humains

Rien ne change: depuis la révélation de leur foi dans la Perse du XIXe siècle, les Baha’is, ont toujours été persécutés. Cela s’est évidemment aggravé depuis la révolution islamique de 1979. Privés de la plupart des droits des citoyens (mariages non reconnus, tombes profanées, impossibilité d’étudier à l’université sans renier leur foi, etc), ils font face à des simulacres d’exécution, sans procès, sans accusation valable, sans aucune preuve de rébellion, de meurtres ou quoi que ce soit.

Borna Naimi, un bahá’í iranien de 29 ans et père d’une enfant de trois ans, a subi au moins deux simulacres d’exécution, des décharges électriques lui causant de graves brûlures aux pieds, ainsi que d’autres formes de torture, depuis son arrestation à Kerman le 1er mars.

Le traitement qui lui a été infligé, ainsi que celui d’un autre jeune bahá’í ayant subi un sort similaire, soulève des inquiétudes quant à l’intensification de la persécution contre les Bahá’ís en Iran, la plus grande minorité religieuse non musulmane du pays.

Au cours des premiers jours de sa détention, Borna a été battu à plusieurs reprises, recevant de multiples coups aux flancs, aux côtes, sous la poitrine et dans le dos. Il a été transféré à plusieurs reprises dans des lieux proches de son domicile, où il a subi des pressions accompagnées de menaces concernant sa femme et sa jeune fille, notamment la menace que son enfant soit envoyée dans un orphelinat public s’il ne coopérait pas.

Les tortures infligées à Borna ont été si violentes qu’il a été contraint de signer de faux aveux dans lesquels il s’impliquait lui-même ainsi que son cousin, Peyvand Naimi, dans le meurtre de gardes du Basij lors des manifestations du 8 janvier. Il n’existe aucune preuve à l’appui de cette accusation, et ni Borna ni Peyvand n’auraient pu commettre ces crimes, car ceux-ci ont eu lieu après que Peyvand eut été placé en détention et alors que Borna était entouré de sa famille chez lui. Le texte de ses aveux forcés avait été préparé à l’avance et lui avait été remis pour qu’il le lise. Aucun procès n’a eu lieu pour les deux prisonniers.

Au cours de ses premiers jours en prison, Borna a été détenu dans une section spéciale de la prison appelée la «suite» – la «suite de la mort» – où les condamnés à mort sont détenus 48 heures avant leur exécution. Selon certaines informations, pendant cette période, il a été placé à l’isolement dans une petite pièce d’environ deux mètres sur deux, de telle sorte qu’il ne pouvait distinguer le jour de la nuit. Les simulacres d’exécution dont a été victime Borna font écho au traitement infligé à Peyvand. Ces cas suscitent de vives inquiétudes quant à l’escalade de la persécution et de la violence auxquelles sont confrontés les bahá’ís d’Iran, alors que le gouvernement iranien tente de leur faire porter le chapeau de la crise que traverse le pays.

Le traitement réservé à Borna et Peyvand témoigne clairement des efforts incessants de la République islamique pour fabriquer de toutes pièces des accusations contre les Bahá’ís et les présenter à tort comme responsables de crimes qu’ils n’ont pas commis.

Selon la communauté internationale baha’ie, quatre bahá’ís sont incarcérés à la prison de Kerman dans le cadre des efforts du gouvernement iranien visant à faire des bahá’ís des boucs émissaires après les manifestations de janvier. il s’agit de Peyvand Naimi, Borna Naimi, Shakila Ghasemi et Adib Shahbazpour.

Danièle Bianchi,
Genève