Le CETIM était à Yaoundé, au Cameroun, pour suivre de près les travaux de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), du 26 au 29 mars 2026. Historiquement, le CETIM et ses partenaires du mouvement international paysan de La Via Campesina prônent le démantèlement de l’OMC. Ils dénoncent un paradigme économique et commercial profondément asymétrique, conçu au service des intérêts du capital transnational, au détriment des peuples et des économies locales, en particulier dans les pays du Sud.
Cette Conférence ministérielle s’est achevée sans déclaration finale ni réforme –pourtant annoncée. Faute de consensus, la majorité des dossiers – agriculture, commerce électronique, facilitation des investissements – ont été renvoyés à Genève. De nombreux participants attribuent cet échec en grande partie à la stratégie des Etats-Unis, qui ont conditionné les négociations à l’adoption d’un moratoire permanent sur les droits de douane liés au commerce électronique, suscitant de fortes tensions, notamment avec les pays du Sud.
Les divergences sur ce sujet, ainsi que sur d’autres priorités telles que la sécurité alimentaire et la propriété intellectuelle, ont bloqué les négociations, venant confirmer l’analyse selon laquelle l’OMC est aujourd’hui largement paralysée, incapable de produire des décisions favorables à un développement commercial juste et équitable. Ces blocages soulignent la nécessité de repenser en profondeur le système commercial international vers un cadre véritablement démocratique qui ne marginalise plus les voix des peuples et des pays du Sud.
En réponse, La Via Campesina a publié la Déclaration de Yaoundé. Ce texte met en lumière les effets systémiques d’un modèle qui subordonne l’alimentation aux logiques du profit, accélère la marginalisation des petits producteurs d’aliments et compromet la souveraineté des peuples sur leurs systèmes alimentaires. Dans un contexte marqué par des crises géopolitiques, économiques et environnementales, la dépendance accrue aux marchés mondiaux n’apparaît plus seulement comme une impasse, mais comme un facteur aggravant des vulnérabilités structurelles qui oppriment les peuples.
Face à cette crise multidimensionnelle, la Déclaration de Yaoundé propose une alternative politique institutionnelle structurée. En plaçant la souveraineté alimentaire comme principe fondamental, elle appelle à une refondation du commerce international basée sur la primauté des droits humains, la solidarité entre les peuples et le respect des écosystèmes. Elle invite ainsi à sortir l’agriculture de l’OMC pour construire un nouveau système commercial au service de l’autodétermination des peuples.