Une construction internationale et plurielle récente. De nombreuses organisations de défense des droits humains font de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) de 1948 la base de leurs orientations. C’est le cas, par exemple, d’Amnesty International. L’élaboration de ce texte, ratifié par 193 Etats dans le monde, doit beaucoup à diverses figures. On souligne souvent le rôle d’Eleanor Roosevelt mais l’on pourrait également mentionner la contribution de l’avocat chilien Hernán Santa Cruz en ce qui concerne l’intégration des droits économiques et sociaux, ou encore l’apport des femmes du Sud, telles que Hansa Mehta en Inde ou Minerva Bernardino en République dominicaine, à la prise en compte de l’égalité hommes/femmes.
Cette construction juridique repose sur deux piliers: la soft-law (déclarations à valeur symbolique) et la hard-law (comme les pactes de 1966), dont la portée est juridiquement contraignante.
L’extrême-droitisation de l’espace médiatico-juridique. Le sociologue Vincent Tiberj, dans son ouvrage La droitisation française (2024), a mis en lumière que la montée de l’intolérance ne relevait pas tant des opinions de la population française que d’un espace médiatique et politique qui s’était extrême-droitisé.
A cet égard, en tant que spécialiste de théorie politique et autrice de plusieurs ouvrages sur la gauche radicale et l’extrême-gauche, nous pouvons nous étonner de voir La France insoumise (LFI) classée à l’«extrême gauche» par le Ministère de l’intérieur en février 2026. En effet, d’un point de vue historique, l’extrême gauche désigne des orientations politiques – telles que le trotskisme ou l’anarcho-syndicalisme – qui prônent une révolution où la grève générale syndicale joue un rôle important pour remettre en question le capitalisme.
L’extrême-gauche ne croit pas à la prise de pouvoir par les urnes, ni au système parlementaire. L’ultra-gauche, pour sa part, prône l’insurrection par l’émeute et manifeste par ailleurs une certaine défiance à l’égard des syndicats.
L’exemple des controverses sur le «wokisme». Depuis la fin des années 2010, une partie du paysage politico-médiatique s’est focalisée sur une panique morale entourant le prétendu «wokisme». Ce terme est en réalité une notion polémique jamais revendiquée par ceux et celles à qui elle est accolée. Plusieurs concepts font ainsi l’objet de controverses, comme l’«intersectionnalité» (cumul de discriminations multiples), le «racisme systémique» ou encore les personnes «transgenres».
Pourtant, l’examen des documents produits par les organisations des droits humains montre que ces notions y sont couramment employées. C’est le cas en France de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) – organisme officiel indépendant fondé en 1947. On peut par exemple trouver sur son site un document intitulé: «Rendre effectif les droits des femmes: l’enjeu de l’intersectionnalité» (2020). Lors des polémiques médiatico-politiques, ceux qui agitent ces paniques morales sur ces sujets se gardent cependant bien de préciser que ces concepts sont mobilisés par des ONG ou des organismes officiels de défense des droits humains.
En porte-à-faux avec les droits humains. En définitive, les polémiques médiatico-politiques actuelles conduisent à remettre en question des droits reconnus dans des conventions internationales relatives au droit d’asile, aux droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, à la liberté de conscience religieuse, à la liberté de manifestation et à la désobéissance civile non-violente, à la lutte contre les discriminations…
De manière générale, le discours souverainiste, qui peut séduire aussi bien à droite qu’à gauche, peut susciter des inquiétudes légitimes. En effet, sous couvert de prôner le «retour du politique», le souverainisme pourrait, s’il était poussé à son paroxysme, conduire des gouvernements nationaux à revendiquer la sortie des conventions internationales des droits humains, au motif que celles-ci limiteraient la souveraineté de l’Etat-nation. De fait, plusieurs mesures phares de l’extrême-droite, telles que la «préférence nationale», sont contraires aux conventions européennes des droits humains. Il serait en effet plus facile à un parti d’extrême-droite d’appliquer son programme en n’étant plus tenu par ces traités internationaux.