Des centaines de milliers de mort·es, de blessé·es, de mutilé·es de part et d’autre. Des territoires ukrainiens dévastés, une économie saccagée et des millions de réfugié·es. Une lutte à mort pour quelques mètres de progression, sur une ligne de front de 1200 km globalement figée. Des privations et coupures d’électricité incessantes dans l’hiver rigoureux, sans espoir d’amélioration. Tel est le bilan effarant de quatre ans de guerre en Ukraine. Le pays est entièrement refaçonné par la guerre, depuis son économie jusque dans ses mentalités, promis à des lendemains bien sombres au regard du sacrifice consenti.
La Russie de Vladimir Poutine, elle, n’en finit pas de s’abîmer dans la folie destructrice d’un tyran qui a fait de cette guerre un enjeu civilisationnel. Rien, ni les sanctions ni la marginalisation sur la scène internationale, ne laisse entrevoir le moindre fléchissement.
S’il faut saluer l’incroyable esprit de résistance du peuple ukrainien face au géant impérialiste qui lui conteste, bien plus qu’une souveraineté sur des territoires, son existence même en tant que nation, comment ne pas désespérer devant un tel carnage, une telle impasse? Le sort de l’Ukraine se règlera inévitablement autour d’une table des négociations. A l’évidence, il faut une sortie de crise. Les Etats-Unis disent souhaiter la fin de la guerre d’ici à l’été, or la Russie refuse toute concession sur les 20% de territoire conquis; et l’Ukraine, prise en tenailles, table sur un gel des hostilités sur les positions actuelles en espérant, à terme, un retrait russe – le Donbass étant probablement non négociable pour Poutine.
En Ukraine, les forces syndicales et progressistes ont très peu d’espace face au régime dirigé d’une main de fer par Volodymyr Zelensky, tandis qu’en Russie toute contestation est brutalement réprimée. Qui pour dire «stop» à l’absurdité de la guerre, priorité à la vie humaine? Malheureusement pas les opinions européennes, peu mobilisées car prises dans un feu croisé propagandiste. S’il ne fait aucun doute que la Russie travaille à saper l’unité européenne, doit-on pour autant se résoudre à la fuite en avant? La course au réarmement désormais engagée sur tout le continent s’exerce à marche forcée, au détriment des politiques sociales et environnementales qui sont pourtant notre vraie assurance-vie.
La Suisse dispose de leviers pouvant contribuer à changer la donne: à commencer par davantage de contrôle et de sanctions du négoce de matières premières russes, et un gel total des avoirs des oligarques. Par ailleurs, notre pays doit accueillir les déserteurs russes, et garantir sa pleine protection aux citoyen·nes ukrainien·nes en âge de servir.