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Choisir la montagne vivante

Jean-Daniel Champagnac s’oppose au projet d’installation de 175 canons à neige à Leysin-Les Mosses.
Environnement

Le projet d’extension de l’enneigement artificiel à Leysin et aux Mosses pose une question qui dépasse largement le ski: quel avenir voulons-nous pour les territoires de montagne à l’heure de la crise du dérèglement climatique?

Les données les plus récentes confirment une évolution nette vers des hivers plus doux, plus humides, avec une limite pluie-neige durablement plus élevée. Dans ce contexte, présenter l’enneigement artificiel comme une réponse adaptée relève d’un contresens. Une technologie qui dépend du froid ne s’adapte pas à sa disparition progressive; elle en retarde les effets au prix d’une consommation accrue d’énergie, d’eau et d’argent public. Cette fuite en avant technique reporte les problèmes sans les résoudre.

On affirme souvent que refuser ce projet reviendrait à «abandonner la montagne». C’est l’inverse. La montagne n’est pas un parc d’attractions hivernal à maintenir sous perfusion. C’est un espace de vie, de travail et de solidarité, traversé par des enjeux agricoles, sociaux, paysagers et énergétiques profonds. Réduire son avenir à la survie d’un modèle unique, hérité du siècle passé, revient à nier cette diversité et à fragiliser encore davantage celles et ceux qui y vivent à l’année.

Par ailleurs, le dossier mis à l’enquête accumule les fragilités: calendrier irréaliste, compensations environnementales discutables, analyses techniques incomplètes, risques insuffisamment intégrés. Plusieurs interpellations parlementaires déposées dès 2023 sont restées sans réponse, alors même que la Constitution vaudoise impose une action publique compatible avec la protection du climat, des ressources et des biens communs.

Renoncer à l’enneigement artificiel n’est pas renoncer à la montagne. C’est refuser une logique coûteuse et inéquitable, et ouvrir la voie à des choix plus justes, plus sobres et plus solidaires, capables d’accompagner réellement l’indispensable transition des territoires alpins.

Jean-Daniel Champagnac,
Leysin (VD)