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L’Etat face à ses propres manquements

Pour la Délégation des commissions, Céline Baux (UDC). Orianne Sarrasin (PS) et Florence Gross (PLR). KEYSTONE
Affaire Dittli

Le rapport de la Délégation des commissions de surveillance sur les dysfonctionnements au Département des finances et de l’agriculture, dévoilé lundi, n’est pas tendre avec Valérie Dittli. Il confirme et aggrave les constats du rapport Studer du printemps dernier, mais ne raconte pas seulement l’histoire d’une conseillère d’Etat qui outrepasse ses droits. Il met également en lumière une faillite de l’Etat-employeur. Derrière les demandes douteuses, parfois potentiellement illégales, sur les taxations, les conflits autour du secret fiscal ou le recours massif à des mandataires externes formant un quasi «cabinet parallèle», ce sont avant tout les fonctionnaires qui ont payé le prix de ces manquements.

Le constat est sévère: une administration sous pression politique, sommée de produire des solutions juridiquement impossibles, puis laissée seule face aux conséquences. Des cadres usé·es par le management défaillant, déplacé·es ou poussé·es vers la sortie, des collaborateur·trices exposé·es médiatiquement sans possibilité de se défendre, et une chaîne RH incapable de détecter à temps la dégradation des conditions de travail. La délégation parle d’une «souffrance persistante», insuffisamment anticipée et prise en charge.

Ce qui frappe, c’est que ces dégâts relèvent en grande partie de manquements individuels, mais pas seulement, car c’est tout un système qui se révèle mal outillé pour prévenir et réparer les atteintes à la santé et au climat de travail. Le rapport identifie trois failles majeures: une déconnexion des ressources humaines par rapport au terrain; une protection lacunaire face aux difficultés relationnelles ou soupçons de harcèlement ou atteinte à la personnalité venant d’un·e élu·e, puisque le dispositif existant ne s’applique qu’aux employé·es de l’administration; et une exposition médiatique non encadrée, qui laisse des fonctionnaires sans soutien juridique ni financier lorsque leur travail est publiquement mis en cause.

Dans ce contexte, la réorganisation des départements, aussi nécessaire soit-elle, ne suffira pas. Elle peut déplacer les lignes, pas réparer les failles ni prévenir de nouveaux manquements. Le canton de Vaud s’est découvert sans garde-fous efficaces lorsque le pouvoir politique exerce une pression excessive sur ses propres travailleuses et travailleurs.

La Délégation propose des outils de prévention et de protection: formation au management pour les élu·es, entretiens d’évaluation systématisés, renforcement de l’Espace Ecoute et Médiation et de l’Unité Investigation, clarification des bases légales et soutien institutionnel aux employé·es exposé·es. Reste à savoir si le Conseil d’Etat, qui se prononcera mardi prochain sur ces recommandations, saura tirer toutes les leçons de cette crise, alors même que l’enquête pénale contre Valérie Dittli pour abus d’autorité suit son cours.

Dossier Complet

L’affaire Valérie Dittli

En mars 2025, la conseillère d'Etat s'est vue retirer son rôle de grande argentière du canton suite à la publication d’une analyse externe sur des dysfonctionnements au sein de son...

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