Le réveil est brutal. Voir Caracas sous les bombes étasuniennes, c’est revivre l’intervention contre l’Irak en 2003, avec le «narco-terrorisme» à la place des armes de destruction massive. Même recours à un prétexte fallacieux, même violation crasse du droit international mais aussi, cette fois-ci, de la Constitution étasunienne. Car le président doit a minima informer le Congrès avant toute opération militaire à l’étranger, ce dont il s’est bien gardé. De quoi exposer Donald Trump à une nouvelle procédure de destitution?
Dans l’immédiat, la réalité crue est celle d’un peuple vénézuélien qui voit sa sécurité et sa souveraineté bafouées, quels que soient les torts de Nicolás Maduro. L’homme fort de Caracas n’était pas un démocrate, mais l’attaque de samedi, et sa capture, relèvent de l’agression impérialiste.
Ce coup de force illustre le ralliement trumpien à la «doctrine Monroe» (1823). Une politique de non-intervention mutuelle avec l’Europe, ancienne puissance coloniale, impliquant une liberté d’action totale de l’Oncle Sam dans sa sphère d’influence, à commencer par l’Amérique latine et les Caraïbes. Le XXe siècle aura ainsi vu 41 changements de régime s’y succéder, par intervention militaire étasunienne directe ou financement de groupes armés. Des putschs contre des gouvernements élus, comme en 1954 au Guatemala ou en 1973 au Chili, des tentatives ratées à l’instar de Cuba en 1961, pour reprendre la main partout où les intérêts de la grande puissance étaient contrariés.
Le message envoyé par Trump est donc sans ambiguïté: le sous-continent est sommé de se plier à sa tutelle. Taxes douanières, pression sur les élections ou coup de force, tout est bon pour faire main basse sur les ressources naturelles – pétrole, minerais, terres rares –, des atouts stratégiques dans la compétition que se livrent les Etats-Unis et leur rival chinois.
Venezuela aujourd’hui, Colombie demain? Son président de gauche anti-impérialiste, Gustavo Petro, doit «faire gaffe à ses fesses», prévient Trump. Le Mexique de Claudia Sheinbaum est aussi dans le viseur. D’autres pays se sont alignés sur les intérêts étasuniens en plaçant à leur tête des dirigeants de droite ou d’extrême droite (Argentine, Bolivie, Salvador, Paraguay, Equateur, Honduras et dernièrement Chili).
Quelle réponse à ce déchaînement impérialiste? L’opposition ne viendra pas des chancelleries occidentales, peu enclines à condamner fermement. Samedi soir, le Royaume-Uni et la France ont bombardé un site présumé de l’Etat islamique en Syrie, preuve qu’agir dans ses intérêts en dehors de tout cadre légal demeure la prérogative des puissants. Israël le sait, qui commet un génocide en toute impunité. Poutine a beau jeu de renvoyer nos dirigeants à leurs doubles standards, tout comme la Chine le fera si elle décide d’avaler Taïwan.
Non, le seul espoir, l’outil des peuples et le carburant contre le désespoir, c’est la solidarité. S’informer compte, mais plus encore, s’impliquer concrètement, localement ou à plus large échelle dans la construction d’alternatives indispensables si l’on veut d’un monde viable.