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Retour du mercantilisme

Le président Donald Trump montre son décret sur les droits de douane révisés. Washington, le 2 avril 2025. KEYSTONE
États-Unis

Donald Trump a levé mercredi le voile sur son projet d’imposer des droits de douane sur les importations vers les Etats-Unis. On n’a pas été déçu·es. Ceux-ci seront de 31% pour la Suisse (contre 20% pour les pays de l’Union européenne).

Une pierre dans le jardin des tenant·es de l’Alleingang face aux institutions communautaires. Et un camouflet pour la présidente de la Confédération, Karine Keller-Sutter. Son numéro d’à-plat-ventrisme face aux diatribes fascisantes du vice-président étasunien J.D. Vance – dont elle jugeait le discours «dans un sens très suisse» – n’aura pas permis d’amadouer le pays de l’Oncle Sam.

Quant à savoir quel sera l’impact de la décision annoncée mercredi, on en est réduit à la boule de cristal. Le franc suisse va-t-il servir de valeur refuge, prendre de la valeur et péjorer les exportations helvétiques? L’instauration des taxes aura-t-elle un impact notable sur les exportations? Au niveau mondial, la patronne de l’Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, prévoit une contraction du volume des marchandises échangées de 1%. Le monde devrait s’en relever.

C’est sur le long terme que la révolution copernicienne enclenchée mercredi devra être évaluée. Elle s’inscrit en rupture d’une politique vieille de quatre-vingts ans, instaurée au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Dans sa portée, elle est comparable à la fin de l’étalon-change or, arrimé au dollar et auquel Richard Nixon mit un terme en 1973.

La sortie du dogme du libre-échange que les Etats-Unis ont porté pendant des décennies s’inscrit dans un cadre plus large. Le retour au mercantilisme – avec cette obsession de la balance commerciale – renvoie précisément à l’expansion coloniale et à la monarchie absolue, telle qu’elle émergea au XVIe siècle. Cela éclaire la dérive absolutiste de l’administration Trump, son mépris des minorités, de la démocratie, son cynisme et son refus du bien commun. Il faudra s’y faire. Et être capable de répondre à cette reconfiguration géopolitique qui voit aussi un abandon de l’Europe.

Pour l’instant, les pays avancés sont tétanisés. La Suisse ne fait pas exception. Jeudi, elle s’est cramponnée au passé. De deux manières: en demandant, à l’instar du PLR, à la diplomatie suisse de plaider la cause du petit pays auprès de l’ogre étasunien; et en prônant une fuite en avant néolibérale. Par exemple en exigeant de nouvelles coupes sociales et en proposant de liquider les mesures climatiques, histoire de doper la compétitivité.

Une manque de vision et d’imagination qui ne peut que mener dans l’impasse.