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La fin de l’aide internationale?

Est-ce bien raisonnable?

Parmi la batterie de décrets signés par Donald Trump lors de grotesques mises en scène à la Maison Blanche, celui concernant l’USAID (l’agence américaine pour le développement), aussi radical que controversé, a provoqué une déflagration dans le monde entier. Le président américain a ordonné une «pause de 90 jours pendant laquelle l’efficacité des programmes et leur cohérence avec la politique étrangère américaine vont être évaluées». La Genève internationale est ébranlée: des ONG licencient préventivement leur personnel, prédisent l’apocalypse pour les populations les plus vulnérables; d’autres optent pour un silence prudent, tout en tentant de plaider leur cause pour éviter la banqueroute.

Du coup, le poids des Etats-Unis, premiers pourvoyeurs d’aide internationale, apparaît au grand jour; un montant faramineux, dont le continent africain est le plus grand bénéficiaire, dans les secteurs les plus divers. On aurait donc pu s’attendre à une véritable levée de boucliers dans cette région. Des voix officielles de responsables politiques ou d’ONG locales font, certes, part de leurs craintes. Mais, fait piquant, sur les réseaux sociaux, les internautes semblent plutôt apprécier cet arrêt brutal de l’aide américaine. «Je pense que l’arrivée de Trump est une bonne chose pour nous, on ne peut pas espérer se développer avec l’aide des autres», estime l’un d’eux. «C’est une opportunité que Trump nous donne pour se libérer de tout un système qui nous confine dans l’esclavage», renchérit un autre. La question de la souveraineté nationale est largement évoquée et l’aide internationale questionnée. «Ceux qui comptent sur l’aide, qui quémandent toujours, qui croient que les Occidentaux sont nos alliés, réveillez-vous», réagit par exemple Abdourahamane Assadeck sur le site d’information en ligne Seneweb: «Ils ne sont pas vos alliés, ils sont alliés entre eux. Et nous ne devons compter sur personne.»

Côté officiel, les réactions sont timides. C’est tout juste si les présidents kenyan William Ruto, du Rwanda Paul Kagame et le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko ont déclaré avoir pris acte de la décision, sans pour autant proposer des pistes pour, à terme, s’affranchir de l’aide internationale. Alors que la plupart des pays européens, Suisse comprise, annoncent une baisse drastique des montants qu’ils y consacrent. «L’Afrique est-elle à la hauteur des enjeux géostratégiques du moment?», questionne Djibril Ndiogou Mbaye dans une tribune au vitriol publiée sur le site d’information Seneplus. Il regrette «une Afrique inerte et aphone pendant que le monde occidental bruit de mutations» et dénonce l’inaction de l’Union africaine, qui «cafouille et marque le pas comme de coutume». «C’est tant mieux que les Américains arrêtent de nous aider, réagit de son côté le journaliste écrivain ivoirien Venance Konan. Il est temps que l’Afrique apprenne enfin à compter sur elle-même et sur ses ressources. Parce que l’aide n’est jamais neutre, jamais gratuite.»

Vue d’Afrique, le plus souvent, l’aide internationale est bel et bien perçue comme un moyen pour les pays occidentaux d’augmenter leur influence avec, en filigrane, la volonté d’accroître des parts de marché pour leurs entreprises. Les reproches adressés à l’aide au développement ne datent d’ailleurs pas d’aujourd’hui, accusée qu’elle est, entre autres, d’alimenter l’irresponsabilité, voire la corruption, des régimes en place. «Pleurnicher pour l’aide n’est pas une stratégie de développement», lance ainsi l’économiste camerounais Célestin Monga dans les colonnes du Monde. Il a des mots durs pour les dirigeants africains qui «sous-traitent leurs responsabilités à des gouvernements étrangers» et relève «le déficit de leadership» des élites actuelles, à l’origine, entre autres, de la «colère des jeunes en Afrique».

Catherine Morand est journaliste.

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