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Résister aux sirènes militaristes

En Suisse, le Conseil fédéral taille dans les dépenses publiques pour gonfler le budget de l'armée. KEYSTONE/PHOTO PRÉTEXTE
Armée

«ReArm Europe.» Le 19 mars, la Commission européenne a présenté son plan visant à doper les dépenses militaires sur le continent. Le projet ravit les marchés financiers, qui «volent de records en records, galvanisés par le secteur de la défense»1>L’Agefi, 3 mars 2025..

Pour la majorité de la population européenne, les perspectives sont moins roses. «Alors que le budget de la défense est appelé à s’accroître pour faire face à la ‘menace russe’, l’idée de financer cet effort en rognant sur les dépenses de solidarité émerge depuis plusieurs semaines», souligne Le Monde2>26 mars 2025.. Au Royaume-Uni, le gouvernement Starmer est passé aux actes. Il veut couper 5 milliards de livres (5,7 milliards de francs) dans les prestations sociales pour réarmer le pays. Une tendance similaire est à l’œuvre en Suisse: le Conseil fédéral taille dans les dépenses publiques pour gonfler le budget d’une Grande Muette en roue libre.

Ce tournant militariste a précédé la guerre en Ukraine. Entre 2014 et 2022, la croissance des dépenses d’armement des pays de l’OTAN, pour la plupart membres de l’Union européenne (UE), a été supérieure à 32%3>Claude Serfati: Un monde en guerres, Textuel, 2024.. Et le budget militaire de l’UE pèse près du triple de celui de la Russie. L’accélération de ce virage doit sonner comme un signal d’alerte. D’une part, elle va renforcer les politiques d’austérité – éperonnant les inégalités et enterrant toute possibilité de lutter contre le dérèglement climatique. Ensuite, elle s’inscrit dans le cadre de la «mondialisation armée» – l’exacerbation des tensions entre blocs impérialistes surarmés se disputant la partition du monde. Ce qui crée les conditions d’une déflagration mondiale aux conséquences incalculables.

Plus préoccupant encore: des pans entiers de la gauche, y compris helvétique, adhèrent au réarmement en cours. Ils le font au nom d’une «Europe démocratique», censée tenir tête à Donald Trump et Vladimir Poutine. Or ce discours tient de plus en plus de la fiction. Depuis belle lurette, les Etats de l’UE tentent d’imposer des politiques racistes, autoritaires et antisociales au service d’une poignée de banques et de multinationales – faisant ainsi le lit de l’extrême droite. Leur complicité avec le gouvernement génocidaire de Benjamin Netanyahou est aujourd’hui le symptôme d’une radicalisation de cette logique réactionnaire.

Comme le souligne l’économiste Thomas Piketty, les peuples d’Europe – et du monde – n’ont pas besoin de plus d’armes, mais d’«une cure d’investissement (…) privilégiant le bien-être humain et le développement durable et en se concentrant sur les infrastructures collectives (formation, santé, transports, énergie, climat)»4>Le Monde, 15 mars 2025.. Pour l’imposer, il faudra d’abord refuser les sirènes militaristes.

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