Édito

Utile paraphe

Brouillon auto 511
KEYSTONE
IVG

Ce 8 mars est traditionnellement le jour des droits des femmes. Un de ces droits est sérieusement malmené depuis quelques années. Celui de disposer de son corps. Aux Etats-Unis, notamment, l’arrêt Roe vs Wade, qui garantissait le droit de recourir à l’avortement, a été dynamité par une Cour suprême noyautée par Donald Trump.

Une décision qui a eu des effets collatéraux. En Alabama, Etat particulièrement réactionnaire, cet arrêt a carrément bloqué pendant quelques jours l’accès à la procréation médicalement assistée, les embryons étant considérés comme des personnes à part entière et les cliniques craignant des poursuites pour meurtre en cas de leur destruction. Dans un arrêt tout droit sorti du Moyen Age, le chef de la Cour suprême de cet Etat, Tom Parker, a écrit que «la vie humaine ne [pouvait] être injustement détruite sans encourir la colère d’un Dieu sacré, qui considère la destruction de Son image comme un affront à Lui-même». Il a fallu un décret du gouverneur pour mettre fin à ce backlash réactionnaire.

En France, à l’inverse, ce recul a hâté l’inscription dans la Constitution de ce droit fondamental qu’est le recours à l’IVG. Voté lundi, le décret sera officiellement signé ce 8 mars par le président français, Emmanuel Macron. Au départ, certains ont jugé superflu de graver ce droit dans le marbre constitutionnel, dans la mesure où quelque 80% des Français et des Françaises y sont favorables. Le précédent étasunien incite pourtant à la prudence.

Rappelons qu’en Suisse, le régime des délais a dû être conquis de haute lutte, et avec des cautèles, pour certaines un peu infantilisantes. Comme celle –supprimée depuis– exigeant un second avis médical. Ou la tentative de dérembourser cet acte médical il y a une année. Bref, parfois, mieux vaut mettre la ceinture et les bretelles, et sanctuariser un tel droit.

Sans oublier qu’une Constitution est aussi le lieu où s’affirment les valeurs fondamentales d’une société. Symboliquement, l’inscription d’un tel principe, au-delà de la sécurité légale qu’il procure – un article constitutionnel est moins vite liquidé qu’une loi –, est aussi une forme de reconnaissance collective d’un combat sur la durée, et un signal donné à l’extérieur, tant il est vrai que les forces réactionnaires en marche ne se cantonnent pas aux Etats-Unis. Jeudi, le président argentin qualifiait d’assassins les partisans de l’IVG. Le vote du Congrès français peut donc aussi être lu comme un rempart au vent mauvais de la montée des extrêmes droites.

Opinions Édito Philippe Bach IVG 8 mars Droits des femmes

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