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Pour une éducation sexuelle de qualité

Face à la réforme lancée par le Département de l’instruction publique, les professionnel·les chargé·es des cours d’éducation sexuelle (FCPES) réclament une «véritable politique de l’éducation sexuelle» qui passe par une augmentation de postes, en lien avec la hausse des effectifs scolaires dans le canton.
Genève

En proposant plus d’heures d’éducation sexuelle aux élèves genevois, le Département de l’instruction publique (DIP) serait-il en train d’accéder à une réclamation qui se fait de plus en plus vive de la part des milieux concernés (écoles, parents, associations)? Les formateurs et formatrices consultant·es en promotion et éducation à la santé (FCPES) chargé·es de l’éducation sexuelle et de la santé que nous sommes en serions les premiers et les premières ravi·es.

En effet, année après année, alors que le nombre d’élèves du primaire, secondaire I, II et du spécialisé croît continuellement – +5,4% de 2016 à 2020, soit 4000 élèves de plus (SRED) –, l’effectif des FCPES n’a pas augmenté.

Le Service de santé de l’enfance et de la jeunesse (SSEJ/DIP) a ainsi tenté de pallier cette situation en réduisant le nombre d’heures voire en supprimant certains cours d’éducation à la sexualité. Malgré ces aménagements, quelques classes ou écoles continuent à ne pas être couvertes en matière d’éducation sexuelle. Aussi, l’annonce d’une augmentation du nombre d’heures aux élèves du canton ne pouvait que nous réjouir. Or la proposition a tout d’un tour de passe-passe.

> Lire aussi l’article de Maude Jaquet publié le 7 février 20222: «Santé sexuelle: faire plus sans renfort»

L’éducation sexuelle, c’est quoi? C’est qui?

Actuellement l’éducation sexuelle est dispensée par nous, des professionnel·les formé·es dans l’éducation, le social ou la santé et spécialisé·es en santé sexuelle.

Faire de l’éducation sexuelle à l’école est un métier complexe. Nous abordons de façon globale et positive la sexualité. Les élèves, quelles que soient leurs origines, ont des parcours de vie singuliers qui peuvent faire résonance lorsque nous abordons certaines thématiques délicates (par exemple: violences sexuelles, diversités, adoption). Dès les premières minutes de cours, nous avons pour souci d’établir un climat de confiance pour élaborer et donner des points de repère sur les thématiques liées à l’intime. Nous devons naviguer avec délicatesse pour accueillir la parole ou le silence des élèves et cela sans jugement. Nos élèves sont sensibles, gêné·es ou enthousiastes, souvent curieux·ses, faisant face à la délicate tâche de grandir dans une société dont ils et elles doivent peu à peu acquérir les codes du bien-vivre ensemble.

Nous les accompagnons tout au long de ce développement en leur donnant les clés pour déconstruire les fausses représentations de la sexualité. Nous leur transmettons des connaissances scientifiques tout en veillant à respecter leurs valeurs et celles de leurs familles. L’enjeu est de les aider à faire face à ces défis auxquels le contexte sociétal les expose. Les cours demandent une attention constante et une énergie renouvelée puisque nous rencontrons une nouvelle classe, donc de nouveaux et de nouvelles élèves, lors de chaque prestation. Pour être pertinent·es dans notre activité et offrir des cours de qualité, il est nécessaire de suivre des formations continues, des supervisions, et d’avoir du temps d’échange en équipe.

La question qui se pose aujourd’hui est: «Quel adulte nous voulons pour demain?» et «quels moyens le DIP va-t-il engager?».

Faire plus avec moins

Le DIP décide d’une scission du poste de FCPES en deux postes, l’un chargé des cours avec une très grande augmentation du nombre de prestations et l’autre de gestion des projets et d’élaboration des programmes sans être sur le terrain.

Nous dénonçons cette scission et ses conséquences à la suite de la décision prise sans concertation avec les professionnel·les concerné·es. Cette restructuration dévalorise notre métier. Elle affectera la qualité des cours dispensés aux élèves et nous mettra dans l’impossibilité de mener à bien notre métier de consultant·e et d’expert·e auprès des écoles sur les questions de santé et de climat scolaire.

Déclasser la fonction

Enfin, nous sommes particulièrement étonné·es que le DIP décide de déclasser la fonction alors que l’école, à l’image du reste de la société, émerge lentement d’une grave crise sanitaire dont on ne mesure pas encore les effets sur les jeunes et n’a désormais plus le choix que d’affronter des questions d’envergure – le (cyber)harcèlement, les violences sexistes et sexuelles, la pornographie…

Pour une véritable politique de l’éducation sexuelle

En cela nous réclamons une véritable politique de l’éducation sexuelle de la part du DIP et défendons notre métier de FCPES qui participe à offrir aux élèves genevois l’accès à des cours de qualité.

Nous demandons d’engager un vrai dialogue pour apprécier la situation de notre profession, mais aussi une augmentation de postes en lien avec l’augmentation des effectifs des élèves.

Les FCPES sont les formateurs et formatrices consultant·es en promotion et éducation à la santé, Genève.

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