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De la résistance des Palestiniens de l’intérieur

Raymond George revient sur la dernière chronique d’Anne-Catherine Menétrey-Savary, «Retour à Jérusalem», parue le 18 juin.
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Je connais et j’estime Mme Ménétrey, aussi ai-je été fort surpris par la bourde présente dans sa chronique du 18 juin sur les événements récents de Jérusalem. Elle écrit en effet: «Pour la première fois, les Arabes israéliens se sont mobilisés…». La première fois depuis quand? Depuis la dernière fois? En fait, la résistance des Palestiniens de l’intérieur (comme se nomment eux-mêmes les «Arabes israéliens» du vocabulaire officiel) a été constante depuis la Nakba. Elle a connu ses hauts et ses bas, l’illusion d’une «démocratie pour tous» a pu la rendre confuse, mais elle n’a jamais cessé. Même les Druzes, bien que (relativement) choyés par Israël, s’y sont associés: des milliers d’entre eux ont été incarcérés pour refus de servir dans l’armée. De même, la solidarité entre Palestiniens des deux côtés de la ligne verte ne s’est jamais démentie; même si, d’un côté, la main de fer porte un gant de velours, ils subissent la même oppression. Trois petits flashes pour illustrer mon propos1Pour en savoir plus, lire l’indispensable Histoire populaire de la Résistance palestinienne, de Mazin Qumsiyeh, éd. Demi-Lune, 2012..

Si le 30 mars est devenu pour tous les Palestiniens la «Journée de la Terre», c’est à l’initiative des Palestiniens de Galilée. En mars 1976, pour protester contre la confiscation de leurs terres au profit des immigrants juifs, un certain nombre de maires et de conseillers villageois ont décidé de faire du 30 mars un jour de grève et de manifestations. Le mouvement s’est rapidement propagé hors de Galilée et, le jour dit, la grève a touché toutes les régions de peuplement arabe en Israël. La répression a été violente: 6 morts, de nombreux blessés, et des centaines d’arrestations.

Lors de la première intifada, les Palestiniens de l’intérieur ont affirmé dès le début leur solidarité avec ceux de Cisjordanie. Le 24 janvier 1988, 60 000 Palestiniens manifestèrent à Nazareth pour exiger la fin de l’occupation et, les jours suivants, grèves et actions diverses se multiplièrent dans toutes les villes arabes, notamment à Haïfa. Leur soutien à l’intifada se manifesta aussi par de nombreux actes de sabotage et l’envoi de matériel médical et de vivres en Cisjordanie.

Enfin, nous avons encore en tête les images des milliers de «citoyens israéliens» brandissant le drapeau palestinien et défilant à Nazareth, en été 2014, pour que cessent les bombardements sur la bande de Gaza.

Les Palestiniens de l’intérieur seraient-ils soudain sortis de leur léthargie ce printemps? J’espère vous avoir convaincu·es du contraire.

Raymond George,

Collectif Urgence Palestine – Vaud.

Réponse d’Anne-Catherine Menétrey-Savary: Merci à Raymond George pour sa rectification et les compléments d’information qu’il donne. J’admets que ma «première fois» n’en était pas une. Mais cette correction me laisse songeuse: j’aimais bien cette «première fois» car elle laisse augurer d’un changement et donne de l’espoir. Si les mobilisations des Palestiniens de l’intérieur sont aussi répétitives que les attaques israéliennes, on ne voit plus comment sortir de la routine infernale… ACMS

Notes   [ + ]

1. Pour en savoir plus, lire l’indispensable Histoire populaire de la Résistance palestinienne, de Mazin Qumsiyeh, éd. Demi-Lune, 2012.
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