Lecteurs

Désobéissance civile

Paul Sautebin réagit à un de nos éditoriaux.
Climat

L’édito de Benito Perez du 13 octobre contre le référendum CO2 revient à lâcher le mouvement des jeunes contre le réchauffement climatique et cela m’exaspère. Le Courrier qui se fait l’antenne critique du néolibéralisme, et de ses conséquences sociales et environnementales, parle assez systématiquement de la nécessité d’un changement, d’un autre monde possible. Et voilà que quand un changement se présente, un référendum défiant l’ordre confédéral établi, Le Courrier se rebiffe. Ne touchons pas à la démocratie instituée, c’est le summum démocratique! La désobéissance civile est juste bonne pour les jeunes de la rue, au parlement l’idée de désobéissance civile n’effleure personne, on siège! Le Courrier, comme la gauche partidaire, reste toujours amarrée à une stratégie qui l’a pourtant désarmée face au capitalisme et à sa mue néolibérale.

En refusant la loi CO2 qui applique le principe du marché et du droit de pollution, le mouvement Grève pour le climat vient refuser cette tartuferie, mais aussi questionner les limites de l’institution représentative actuelle. Il démontre par là que ces institutions sont bien celle qui ont lié les mains et fermé la bouche à ceux qui depuis des décennies ont dénoncé la dégradation de l’état planétaire social et écologique. La nouvelle génération politique est sur une nouvelle ligne de front. Comme on le constate à travers le monde depuis le début du siècle où se dégagent des luttes contre le capitalisme qui ne sont plus celle du parti. Un parti qui finit toujours en parti-Etat comme l’histoire nous l’a amèrement démontré.

Les nouveaux mouvements sociaux aspirent à ne plus séparer leurs revendications de l’idéal démocratique qu’ils poursuivent et les formes institutionnelles qu’ils visent. Ces mouvement cherchent à relier forme et contenu, moyens et objectifs. Le champ de la convergence des luttes se trouve ainsi dégagé des entre-faits des appareils hiérarchisés pour se trouver en phase d’imaginer de nouvelles institutions de démocratie directe. Politique et apartidaire ne signifie pas l’abandon du débat politique, des cercles, des clubs, etc., au contraire. Dans la foulée des soulèvements populaires de 1789, 1848 et 1870, des lois et des institutions ont été mises en place pour faire face aux effets de l’industrialisation.

Il est urgent non seulement de contester, mais aussi de mettre en perspective une extension et un élargissement de la démocratie en termes de droit et d’institutions nouvelles qui intègre toutes les sphères de la vie sociale et du vivant. La convergence des mouvements sociaux dépend de cette perspective qui tourne le dos aux idéologies. Soutenir le référendum contre la loi du CO2, c’est contribuer humblement à reconstruire une alternative politique, c’est là une révolution.

Paul Sautebin,
Sonvilier (BE)

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