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Jeu de dupes

Léon Meynet commente un article sur l’empoisonnement d’Alexei Navalny.
Politique

Il était stupéfiant de lire en gros titre à la page 10 de votre édition du week-end du 16 octobre, «Bruxelles sanctionne Moscou» et en surtitre «L’empoisonnement d’Alexei Navalny vaut les foudres de l’UE à six proches de Poutine».

C’est quoi cette esbroufe à bon compte de l’Union européenne? Elle tire à boulet rouge sur le Kremlin pour une affaire qui n’est même pas prouvée et bien que la Russie ait proposé, via son ministre des affaires étrangères, ses bons offices pour identifier la nature du Novitchok utilisé dans l’empoisonnement de Navalny. Démarche louable, s’il en est, et ce d’autant plus fondée que Moscou peut démontrer avec certification qu’elle a détruit son stock de neurotoxiques et notamment de Novitchok.

Il aurait été d’autant plus légitime de se pencher sur cette offre que les ennemis de la Russie sont nombreux dans l’UE, comme à l’extérieur, car il y a de puissants intérêts qui agissent en coulisse pour torpiller la finalisation du gazoduc Nord Stream entre la Russie et l’Allemagne.

Mais où les faits sont encore plus contestables, c’est lorsqu’on lit: «les 27 ont décidé sous l’impulsion de Paris et de Berlin». Quelles simagrées, quand on se réfère au zèle qu’a déployé Emmanuel Macron pour fermer les yeux et se boucher les oreilles sur les agissements de son ami d’Arabie Saoudite, le Prince Mohammed ben Salmane (MbS) qui, de notoriété publique, a fait froidement assassiner et démembrer son compatriote journaliste Jamal Kashoggi. Là, curieusement, point de représailles. La France et l’UE dans son sillage passent sur ce crime odieux comme chat sur braise. Les Etats-Unis et Israël n’en ont pas d’avantage pipé mot. Évidemment, car d’autres intérêts économiques infiniment plus lucratifs sont en jeu, notamment dans la fourniture de matériel de guerre utilisé pour participer aux exactions militaires du même MbS au Yémen.

Dans ce cas particulier, pas de cris d’orfraies mais, au contraire, silence radio sur toute la ligne. Posture surprenante alors que l’actualité récente (7 septembre) nous a appris que les cinq peines capitales qui avaient été prononcées pour l’assassinat du journaliste se sont commuées en 20 ans de prison, alors que les trois autres complices écopaient de peines allant de 7 à 10 ans. Un verdict sans doute encore élastique qui verra peut-être ces ignobles criminels sortir avant l’heure dans l’assourdissant silence des médias.

Et, pendant ce temps, la France et l’Allemagne qui pilotent l’UE de mains de fer continuent à commercer dans l’indifférence générale avec cet odieux prince de la monarchie pétrolière en faisant des ronds de jambes sur ses tapis rouges.

C’est tellement plus facile et peu glorieux de condamner six dignitaires russes pour un pseudo empoisonnement au Novitchok sans culpabilité avérée!

Léon Meynet,
Chêne-Bougeries (GE)

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