Solidarité

Funeste «guerre contre le terrorisme»

Des chercheurs étasuniens estiment que la riposte aux attentats du 11 septembre 2001 a provoqué 37 millions de déplacés et quelque 800’000 morts. Une catastrophe inégalée depuis la Seconde Guerre mondiale.
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Funeste «guerre contre le terrorisme»
Le mémorial de l'attaque terroriste du 11 septembre. Keystone
11 septembre

La riposte étasunienne aux attaques du 11 septembre 2001 aurait entraîné l’exil d’au moins 37 millions de personnes. C’est le bilan spectaculaire d’une étude1 «Creating Refugees: Displacement Caused by the United States’ Post-9/11 Wars», disponible ici: https://watson.brown.edu/costsofwar/files/cow/imce/papers/2020/Displacement_Vine%20et%20al_Costs%20of%20War%202020%2009%2008.pdf d’un groupe interdisciplinaire de l’Université Brown (Providence, Rhode Island), publiée le 8 septembre, à la veille du dix-neuvième anniversaire des attentats sur New York et Washington.

S’appuyant sur les données «internationales» les plus fiables, travaillant sur une base de calcul pour le moins prudente et se limitant aux seules huit guerres «les plus violentes» (!), l’équipe dirigée par le professeur David Vine est arrivée au terrible bilan de 800’000 morts et de 37 millions de déplacés. Un drame d’une ampleur inconnue depuis la Seconde Guerre mondiale. 

Conflits ouverts ou larvés

De l’avis des chercheurs eux-mêmes, ces chiffres seraient pourtant en dessous de la réalité. Les auteurs fixent une fourchette plus réaliste, entre 48 et 59 millions, pour tenir compte des terrains d’intervention inofficiels des Etats-Unis.

C’est le cas de la Syrie qui a posé le plus grand défi aux sept enquêteurs, car l’implication de Washington y est officiellement marginale. Mais des documents en provenance de l’ambassade des Etats-Unis à Damas, rédigés par William Roebuck et publiés par Wikileaks, tracent en détail l’implication des Etats-Unis dans l’éclatement de la guerre civile et l’armement des «rebelles» le tout visant le démembrement du pays. 

Derrière les chiffres

Outre la Syrie (7,1 millions de déplacés), les chercheurs se sont penché sur sept autres pays: Irak (9,2 millions), Afghanistan (5,3 millions), Yémen (4,4 millions), Somalie (4,2 millions), Pakistan (3,7 millions), Philippines (1,7 millions) et Libye (1,2 millions) – délaissant les «combats impliquant des troupes étatsuniennes de moindre importance» en Arabie Saoudite, au Burkina Faso, Cameroun, Tchad, Mali, Niger, République Centrafricaine, Congo RDC et Tunisie.

Les auteurs insistent sur les conséquences humaines de tels déplacements: «Les chiffres ne peuvent communiquer comment on vit la perte de son foyer, de ses possessions, de sa communauté et davantage. Les déplacements ont causé une souffrance indicible aux individus, aux familles, aux villes petites et grandes, aux régions et à des pays entiers, physiquement, socialement, émotionnellement et économiquement.» 

Retours partiels

L’étude estime que 25,3 millions de déplacés ont pu retourner dans leur pays ou région d’origine. «Ce qui ne signifie pas que les personnes déplacées aient pu retourner dans leur foyer originel ni à une vie en sécurité», précise l’étude. 

Qui pose la question de la réparation des dégâts ainsi causés. Mais étant donnée l’opposition féroce des Etats-Unis à toute tentative d’enquête de la part du Tribunal pénal international, la question demeure théorique. 

Rendre des comptes

Le rapport n’a été commenté par aucun des deux candidats à l’élection présidentielle de novembre. Matt Duss, conseiller aux affaires étrangères de Bernie Sanders, a lui répondu par un tweet: «L’ampleur du désastre que les Etats-Unis ont infligé sur le monde – à travers trois présidences de guerre contre la terreur – est ahurissant. Nous devons rendre des comptes. Nous ne pouvons pas simplement passer à autre chose.» 

Notes   [ + ]

1. «Creating Refugees: Displacement Caused by the United States’ Post-9/11 Wars», disponible ici: https://watson.brown.edu/costsofwar/files/cow/imce/papers/2020/Displacement_Vine%20et%20al_Costs%20of%20War%202020%2009%2008.pdf
International Solidarité Robert James Parsons 11 septembre

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