Chroniques

Sans enjeu ni enthousiasme

AU PIED DU MUR

Dans une semaine, les citoyens israéliens retournent voter, après que Benjamin Netanyahou a dissous le parlement, malgré la majorité confortable dont il jouissait.1Les élections législatives anticipées du 17 septembre ont lieu à la suite de l’échec de la formation d’un gouvernement de coalition après les élections d’avril 2019, ndlr. Il espère qu’une nouvelle majorité lui permettra de faire passer une loi d’amnistie taillée à la mesure des quatre affaires de corruption qui risquent de le conduire en prison pour de nombreuses années.

Je ne me souviens pas d’une campagne électorale aussi morne et dénuée d’enjeu. L’opposition Bleu-Blanc, menée pourtant par trois anciens chefs d’état-major, ne propose aucune alternative, ni politique, ni sociétale, ni même sécuritaire. Elle répète le programme de Netanyahou – avec beaucoup moins de talent – et ne se démarque de l’actuel premier ministre au pouvoir que sur la question de la corruption qui caractérise le règne de ce dernier.

Bleu-Blanc est si peu convaincue d’être une alternative que ses porte-paroles ont déjà annoncé qu’ils étaient prêts à participer à un gouvernement d’union nationale avec le Likoud, mais sans son chef, tant que des soupçons de corruption pèseront sur lui. Il est évident que, le moment venu, cette restriction sera également négociable.

La gauche sioniste (le Meretz), elle, a décidé de s’allier à… Ehoud Barak, ancien général en chef puis premier ministre qui a sur les mains le sang de nombreux citoyens arabes qui, en octobre 2000, exerçaient leur droit de manifester contre la provocation d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées de Jérusalem. Certes, Barak vient de s’excuser, dix-neuf ans après les faits, de sa «réaction exagérée», mais personne ne croit à la sincérité de cette repentance, y compris la majorité des membres du Meretz.

Quant à l’électorat arabe qui, en 2015, s’était mobilisé en masse et dans l’enthousiasme derrière la «Liste unifiée» (des partis arabes), il en veut à ses partis politiques pour avoir, aux dernières élections, détruit l’unité. Rabibochée au dernier moment, la Liste unifiée ne provoque plus, loin s’en faut, l’emballement d’il y a quatre ans, et on peut s’attendre a un taux d’abstention de 50%.

Moins de cinq mois après les dernières législatives, les citoyens israéliens retournent donc aux urnes. Mais à l’inexistence d’enjeu répond une absence de mobilisation tant chez les Juifs que chez les Arabes. Le seul pour qui ces élections font sens, c’est le voyou qui siège depuis quatorze ans – plus que Ben Gourion, le père fondateur d’Israël – à la tête du gouvernement. Pour Benjamin Netanyahou, pour qui une victoire nette peut entraîner un changement constitutionnel et, partant, lui éviter de nombreuses années de prison. C’est la seule raison pour laquelle les électeurs sont appelés aux urnes pour la seconde fois en un an. Et c’est le seul véritable enjeu de ces élections.

Notes   [ + ]

1. Les élections législatives anticipées du 17 septembre ont lieu à la suite de l’échec de la formation d’un gouvernement de coalition après les élections d’avril 2019, ndlr.

Militant anticolonialiste israélien, fondateur du Centre d’information alternative (Jérusalem/Bethléem).

Opinions Chroniques Michel Warschawski Au pied du mur

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lundi 8 janvier 2018

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