Édito

Notre-Dame et ses évergètes

La cathédrale Notre-Dame de Paris ravagée par un incendie
Notre-Dame de Paris en flammes. Keystone
France

En voyant les flammes dévorer les toits de Notre-Dame de Paris, c’est un morceau d’histoire qu’on a vu partir en fumée. Celle d’une forêt de chênes qui ont servi à sa charpente, soigneusement travaillés durant cinquante ans après leur coupe. Celle d’une forêt de bras qui ont œuvré à la construction d’un bijou architectural tourné vers le ciel.

L’enjeu financier pour Paris, ville la plus touristique au monde, est également de taille. Et les cendres n’étaient pas encore froides que les millions se sont mis à pleuvoir: 100 millions d’euros ont été promis par François-Henri Pinault (dirigeant du groupe de luxe Kering, propriétaire de Gucci), 200 millions par Bernard Arnault (LVMH), 100 millions par Total, ou encore 200 millions par la famille Bettencourt (L’Oréal).

Or, une immense partie de ces sommes reviendra à la charge du contribuable via une réduction d’impôt permise par les dons. Prenant l’exemple de Total, Libération1«Jusqu’où sont défiscalisés les dons des entreprises pour Notre-Dame?», 16 avril 2019. démontre qu’en «offrant» 100 millions la multinationale pourra déduire 60 millions.

Une véritable instrumentalisation du symbole Notre-Dame par de richissimes hommes d’affaires se rêvant sauveurs de cathédrales. Les mêmes qui se plaignent des impôts confiscatoires. Les mêmes qui pratiquent l’évasion fiscale massive. En 2018, Mediapart2«Le système Pinault: une évasion à 2,5 milliards d’euros», 16 mars 2018. révélait que le groupe Pinault avait soustrait au fisc français 2,5 milliards d’euros. Les 100 millions (moins les déductions) ne devraient pas être trop douloureux à sortir.

Depuis cinq mois, une certaine France descend chaque week-end dans la rue pour dénoncer des conditions de vie indignes – le mal-logement, les salaires de misère, les humiliations du quotidien. Ni la générosité sélective des ultrariches ni l’appel à la solidarité et à l’unité nationale d’un gouvernement obstinément sourd à la demande de justice sociale ne sauraient combler le fossé de plus en plus visible entre ces deux facettes de l’Hexagone.

Notes   [ + ]

1. «Jusqu’où sont défiscalisés les dons des entreprises pour Notre-Dame?», 16 avril 2019.
2. «Le système Pinault: une évasion à 2,5 milliards d’euros», 16 mars 2018.
Opinions International Édito Laura Drompt France

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