Suisse

Egalité où t’es?

EGALITE OU T’ES?
Manifestation à Zurich le 14 juin 1991. (KEYSTONE/Str)
Mobilisation

Une piqûre de rappel opportune en ce jour de 14 juin, date de commémoration de la grève des femmes de 1991. Les principales associations de travailleuses et de travailleurs de Suisse, réunies sous la houlette de l’USS (Union syndicale suisse), ont donné de la voix ce mercredi pour exiger le respect de l’égalité salariale que les syndicats remettent sur le dessus de la pile des priorités politiques.

Trente-sept ans après son inscription dans la Constitution fédérale, ce principe élémentaire n’est toujours pas respecté. Un écart de 17% sépare les salaires des hommes de celui des femmes. La Suisse se situe un peu au-dessus de la moyenne européenne.  Dans l’ensemble, les femmes perdent presque 10 milliards de francs par année, relève l’USS. Soit une somme  de 303 000 francs par femme au cours de sa vie. Des montants qui donnent le vertige.

Ce différentiel, étudié au niveau européen, s’explique par plusieurs mécanismes: les hommes entrent dans la vie active à des niveaux salariaux plus hauts, les salaires sont plus élevés pour les pères que pour les hommes sans enfants (une sorte de bonus paternité) tandis que les salaires des mères par rapport aux femmes sans enfants sont moindre (malus maternité).

On le voit, le problème n’est pas seulement économique ou légal, des mécanismes sournois de domination patriarcale sont à l’œuvre. Les déconstruire et les rendre inopérants exigera un volontarisme politique certain. On n’en prend pas vraiment le chemin, comme l’ont montré les récents débats au Conseil des Etats qui ont failli aboutir à un enterrement de première classe de la loi sur l’égalité. Seule une mobilisation des féministes a sauvé un projet pourtant déjà minimaliste.

Au-delà de l’évidence voulant qu’une inégalité soit combattue au nom de la justice sociale, le bon sens économique plaide pourtant aussi pour des mesures volontaristes – prévoyant par exemple une sanction pour une entreprise discriminante. Si les salaires étaient effectivement égaux, un meilleur équilibre des assurances sociales aurait déjà été atteint. Il impliquerait une baisse des aides sociales pour les femmes doublement discriminées, au niveau des salaires et des rentes moindres qui en résultent.

Mais la logique des barons de l’économie n’a qu’un horizon: le profit, toujours le profit et rien que le profit. L’instauration d’un rapport de force sera donc indispensable. Les syndicats font monter la pression: le 22 septembre, une manifestation sera déjà l’occasion de rappeler quelques évidences. Et l’an prochain, une nouvelle grève des femmes est en préparation. Ce rendez-vous permettra, espérons-le et puisqu’il faut en arriver là, de bousculer quelques certitudes et de faire bouger les lignes de crêtes. Il y a urgence.

Suisse Philippe Bach Mobilisation

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