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La culture lutte, une fois de plus

Les cinémas du Grütli sont l'une des institutions durement touchées par les coupes. KEYSTONE
Culture 

Des coupes «brutales», «arbitraires» et «incohérentes». Une «absence de vision» et de lisibilité. Les mots sont tranchants. Ils décrivent, dans la bouche des acteurs et actrices culturel·les genevois·es, une réalité durement vécue (notre article). Celle d’un couperet tombé aléatoirement sur certaines institutions et associations, sans explication. Avec un effet potentiellement fatal sur les plus vulnérables. Sentiment d’être mis en concurrence dans un secteur déjà soumis à la course aux subventions, aux cachets, à la charge administrative croissante. Désarroi et colère, alors que des salaires et des projets déjà en route dépendent des aides.

La Ville de Genève est un partenaire historique, précieux pour le terreau culturel, celui d’où émerge la création. Le budget prévisionnel revu et corrigé grâce à des rentrées fiscales à la hausse n’y change rien. Le festival Groove’n’move a été épargné in extremis, voici qu’est ajoutée une enveloppe de 200’000 francs pour les musiques actuelles. Trop tard. Le message troublé de la magistrate Joëlle Bertossa a été reçu par une scène culturelle déstabilisée. Et la cheffe de la Culture est désavouée par son propre parti (socialiste), qui exige le rétablissement de toutes les lignes supprimées.

La désillusion est à la hauteur de ce bis repetita, qui renvoie aux crises et aux résistances précédentes (Mouvement 804, RAAC, La Culture lutte). Pourtant, depuis l’entrée en vigueur de la Loi pour la promotion de la culture et de la création artistique (LPCCA), concrétisation d’une initiative plébiscitée à 83% par la population genevoise en 2019, on nous promettait cofinancement et concertation, justes rémunérations, politique culturelle ambitieuse et cohérente. «Il faut travailler à accroître les ressources plutôt que de créer un clivage de classe», déclarait en 2022 le conseiller d’Etat Thierry Apothéloz.

Le constat est amer: les inégalités persistent et la culture reste cette variable d’ajustement budgétaire que les milieux concernés se refusent à être. Parce que la culture est un liant essentiel entre les générations, les milieux sociaux, les communautés. Un écosystème où la débrouille et le professionnalisme se combinent, où l’émergent essaime dans l’institutionnel, où des codes nouveaux se forgent et des regards sur le monde s’affûtent, contribuant à la santé démocratique de la société. Affaiblir ce maillage déjà fragile, c’est détruire de l’activité, mais aussi ce supplément de sens sans lequel nous voilà réduit·es à des machines à consommer et à reproduire sans éclat.

C’est donc dans la rue, le 14 novembre, que se scandera le refus unitaire et déterminé des politiques d’austérité voulues par la droite et entérinées un peu trop docilement par la gauche de gouvernement.

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